Féminicide d'Hadjira dans le Val-d'Oise: son mari renvoyé devant les assises pour "homicide par conjoint"

Le symbole de la justice (illustration). - - Ashraf Shazly / AFP
Deux ans et demi après la mort d'Hadjira, 44 ans, à Franconville (Val-d'Oise), son mari Azzedine B. est renvoyé devant la cour d'assises, selon l'ordonnance de mise en accusation rendue le 8 janvier dernier.
Le mis en cause, aujourd'hui âgé de 53 ans, est soupçonné d'avoir tué sa compagne de plusieurs coups de couteau, dans la nuit du 20 au 21 juillet 2023, au sein de leur appartement, au cours d'une dispute.
Plusieurs coups de couteau
Le 21 juillet 2023, en début de soirée, un proche du couple contacte la police, inquiet de ne pas avoir de nouvelles d'Azzedine B. et d'Hadjira. Interrogé, l'entourage de ces derniers évoquent des disputes récurrentes et des accusations de violences de la femme à l'encontre de son mari.
Des policiers se rendent donc à l'adresse indiquée, montent au cinquième étage, jusqu'à l'appartement du couple et de leurs deux enfants, mais trouvent une porte fermée de l'intérieur. Ils contactent les pompiers, qui parviennent à s'introduire dans le logement en brisant une vitre.
Là, ils découvrent d'abord le corps inanimé d'Azzedine B., allongé dans la cuisine et entouré de cachets. Dans le salon, son épouse Hadjira gît dans une mare de sang. Les deux enfants du couple, âgés de 4 et 2 ans, sont aussi présents dans l'appartement.
Azzedine B. est transporté d'urgence à l'hôpital, son pronostic vital engagé. Pour Hadjira, en revanche, il est trop tard: ayant reçu plusieurs coups de couteau au thorax, à l'abdomen, aux avant-bras et aux mains, les secours ne peuvent que constater son décès.
"Meurs, meurs, meurs"
L'état de santé d'Azzedine B. s'améliore, et il est entendu par les policiers quelques jours plus tard. Il raconte d'abord qu'une bagarre est survenue deux jours plus tôt avec sa femme, lors de laquelle cette dernière s'est saisie d'un couteau, se blessant elle-même au ventre. Peu à peu, il semble reconnaître qu'il a lui-même porté les coups. Il explique avoir suspecté que sa femme avait un amant, et avoir eu la sensation que celui-ci le suivait.
Sur son téléphone, les enquêteurs découvrent des éléments accablants. "Cette nuit c'est sa nuit", "Je t'ai dit c'est fini cette nuit", écrit-il à sa sœur, dans la nuit du 20 au 21 juillet. Dans un audio enregistré peu après, on entend un homme ordonner à une femme de "fermer sa gueule", la traiter de "pute" et répéter "meurs, meurs, meurs". "Ne me tue pas, mes enfants, mes enfants", implore la femme. Sa voix s'éteint progressivement.
Une ordonnance de protection refusée par la justice
Au cours de l'enquête, il apparaît qu'Hadjira avait tenté de s'éloigner de son mari par le passé. En janvier 2023, elle porte plainte à son encontre, dénonçant des violences conjugales, et part vivre pendant plusieurs mois chez son frère et sa belle-sœur.
Dans son téléphone seront retrouvées plusieurs notes décrivant des mauvais traitements de la part de son époux. Entre mars et juin 2023, la quadragénaire effectue plusieurs recherches à propos des droits des femmes victimes de violences conjugales, ou des modalités de séparation d'un couple.
En mai, elle avait même demandé une ordonnance de protection contre Azzedine B., qui avait été rejetée par le tribunal de Pontoise. Un mois et demi avant les faits, Hadjira était finalement retournée à son domicile.
"Elle a alerté la police, elle a alerté la justice. Elle devait pouvoir être protégée de ce féminicide annoncé, et rien n'a été fait. (...) Aujourd'hui, la justice française doit des comptes à la famille d'Hadjira", lançait sur BFMTV en 2023 Me Pauline Rongier, notamment avocate du frère et de la belle-sœur d'Hadjira, engageant la responsabilité de l'Etat.
"Elle m'a appelée plusieurs fois, terrorisée"
Quelques jours après le drame, le frère de la victime confiait à son tour à BFMTV avoir du mal à réaliser le décès de sa sœur: "J'attends toujours qu'elle me tape dans le dos et me dise 'mon frère, je suis là'." Son épouse, Laura, relate que sa belle-sœur "était victime d'une violence psychologique et très intime au sein du couple".
"Des menaces, des insultes, des crachats... Elle était séquestrée au domicile de ses beaux-parents. Elle m'a appelée plusieurs fois, terrorisée. Elle n'avait pas la clé pour pouvoir sortir avec ses enfants", racontait encore Laura.
Alors qu'il avait reconnu les faits lors de sa première garde à vue, le mis en cause est finalement revenu finalement sur ses dires au cours de la procédure. Lors de divers interrogatoires, il a contesté son implication ou déclaré n'avoir plus aucun souvenir.
Au terme des investigation, le juge d'instruction a cependant estimé que l'intention homicide était bien présente chez le mis en cause, renvoyant l'homme pour "meurtre sur conjoint" devant la cour d'assises du Val-d'Oise. Contactée, la défense d'Azzedine B., Me Steeve Ruben, n'a pas souhaité faire de commentaire.












