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"Elle a été tuée trois fois": le père de Sylvia, morte après des violences conjugales, dénonce l'inaction des secours

BFM Elisa Fernandez
Sylvia Iannello est morte après avoir été victime de violences conjugales, en août 2025 à Martigues (Bouches-du-Rhône).

Sylvia Iannello est morte après avoir été victime de violences conjugales, en août 2025 à Martigues (Bouches-du-Rhône). - Famille

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Sylvia Iannello, 43 ans, est morte d'une hémorragie interne après des violences conjugales, au début du mois d'août 2025. Après avoir refusé une première fois d'être prise en charge par les pompiers, elle rappelle les secours un peu plus tard, se sentant mourir. Ni les pompiers, ni le SAMU ne sont intervenus.

Près de trois mois après les faits, Pierre Iannello a le sentiment que l'on a "laissé mourir" sa fille. Sylvia Iannello, 43 ans, a été retrouvée morte dans son appartement à Martigues (Bouches-du-Rhône), le 3 août dernier, des suites de violences conjugales. Son compagnon a été mis en examen pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et placé en détention provisoire.

Mais l'enquête comporte également un volet pour "non-assistance à personne en danger", confirme à BFMTV le parquet d'Aix-en-Provence, après une information du Figaro. En cause: des services de secours qui, alertés par la victime, ont refusé de lui venir en aide en pleine nuit.

"C'est impardonnable", commente auprès de BFMTV le père de la quadragénaire, qui espère "que tout le monde va être condamné", le suspect comme "les pompiers et le SAMU qui l'ont prise pour une folle".

"Il va te faire du mal"

Sylvia Iannello, mère de deux filles de 23 et 14 ans, rencontre son nouveau compagnon "il y a environ un an et demi", raconte son père. Très proche de ce dernier, elle attend de longs mois avant de le lui présenter. "Deux ou trois fois, ma fille m'avait appelé en pleine nuit pour me dire qu'il ne voulait pas partir de chez elle. Je lui ai dit qu'il fallait qu'elle le quitte, qu'elle ne le laisse plus rentrer chez elle, mais je pense qu'elle était amoureuse de lui" et le laissait revenir à chaque fois, détaille Pierre Iannello.

Les deux hommes finissent par se rencontrer lors d'un dîner au restaurant, début juillet 2025. "D'entrée de jeu, je l'ai trouvé bizarre. Il buvait beaucoup. J'ai dit à ma fille que je n'avais pas confiance."

Quelques jours plus tard, sa fille et son beau-fils lui rendent visite à Sénas, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Martigues, pour le déjeuner. Ils se rendent ensuite tous ensemble au lac de Mallemort, non loin. "C'est un lieu protégé, il faut se rendre à pied jusqu'au lac", explique son père. Selon lui, une fois qu'ils arrivent au bord de l'eau, Sylvia se rend compte qu'elle s'est trompée de sac et n'a pas pris leurs maillots de bain.

"Il est monté sur ses grands chevaux, a insulté ma fille", relate encore Pierre Iannello, qui dit avoir commencé à s'énerver, voulant défendre Sylvia. "Je lui ai dit: 'lui, il va te faire du mal."

"Je vais mourir"

Selon les mots de Pierre Iannello, l'histoire "s'envenime" la nuit du 2 août, après que le couple a passé la journée à la plage. D'après les premiers éléments de l'enquête, les deux individus sont alcoolisés et une dispute éclate dans la soirée. L'homme en vient à administrer des coups de pied à la victime, avant de quitter l'appartement.

Sylvia Iannello contacte alors les pompiers, expliquant avoir reçu des coups dans le ventre. Ces derniers interviennent à son domicile et lui proposent une prise en charge, qu'elle décline, assurant qu'elle porterait plainte et consulterait un médecin le lendemain. L'équipe repart.

"Son refus initial d’être prise en charge par les secours, loin de justifier qu’on la prive de protection, aurait dû être entendu comme un appel à être respectée dans sa dignité et son discernement", commente à BFMTV l'avocat de la famille, Me Julien Plouton.

Quelques heures plus tard, la quadragénaire commence à ressentir des douleurs de plus en plus importantes au ventre. Son état s'aggrave. Elle rappelle alors les pompiers, qui ne sont pas intervenus.

Un peu plus tard, elle compose le 15 et tente d'alerter le SAMU, expliquant être en train de s'uriner dessus. "Je vais mourir", prononce-t-elle, selon une source proche du dossier. Au bout du fil, un médecin lui répond qu'elle doit surtout consulter un psychologue. Au total, selon la même source, elle aurait passé neuf appels cette nuit-là. Aucune équipe ne se déplacera à nouveau à son domicile.

Rappelé lui aussi par la victime, son compagnon n'a, lui, pas décroché.

Décès par hémorragie

Le lendemain matin, le 3 août, une voisine aperçoit le corps inanimé de Sylvia Iannello au sol, dans son appartement, et prévient les secours. À leur arrivée, ils ne peuvent que constater la mort de la quadragénaire. L'autopsie révélera qu'elle est décédée d'une hémorragie consécutive à un éclatement de la rate, a priori provoquée par les coups de son compagnon.

Ce dernier est rapidement identifié puis interpellé. Un examen médical affirme d'abord que son état est incompatible avec son placement en garde à vue, et il est un temps placé en hôpital psychiatrique, nous indique une source proche du dossier. À sa sortie de l'établissement, cependant, il est mis en examen et placé en détention provisoire. Selon nos informations, l'homme est connu des services de police et de la justice pour des faits de violences et des délits routiers, mais pas pour des violences conjugales.

Désormais, les investigations se poursuivent pour comprendre dans quelles conditions les secours ont été sollicités et pour quelles raisons ils ne sont pas intervenus malgré ses appels répétés.

"Lui reprocher d'avoir un 'problème psychiatrique' alors qu’elle décrivait l’agonie et la sensation de mort imminente provoquées par les coups de son compagnon est profondément choquant", déclare Me Julien Plouton.

Pour l'avocat, cette "disqualification de sa parole et de sa souffrance" est le "symptôme d'un patriarcat bien tenace, où la parole des femmes reste suspecte, et où leur souffrance est trop souvent invalidée."

Le 53e féminicide de 2025

Dans un communiqué de presse, la direction de l'AP-HM (l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille) dit s'associer à la "peine de la famille" et assure qu'elle lui proposera une rencontre. "Elle collabore également pleinement avec les services de police et de justice" et affirme vouloir tirer des enseignements du drame qui a touché les proches de Sylvia Iannello, rappelant son engagement contre les violences faites aux femmes.

"Cet engagement doit se poursuivre pour les femmes victimes de violences qui contactent le SAMU-Centre 15 avec un renforcement de la formation des répondants (...) à l'identification des appels dans un contexte de violence", poursuit la direction. Également contacté, le SDIS 13 n'a pas répondu à notre sollicitation.

De son côté, le père de Sylvia Iannello attend des réponses fermes de la part de la justice. "Elle a été tuée trois fois: par son compagnon, par les pompiers et par le SAMU", déplore-t-il, oscillant entre tristesse et colère. "Ce que j'attends, c'est que ça n'arrive à personne d'autre. J'attends des procès exemplaires, sinon, ça ne s'arrêtera jamais. Ma fille est le 53e féminicide de 2025... Ça ne peut plus durer. Prendre des vies gratuitement, ce n'est pas possible."

3919: le numéro de téléphone pour les femmes victimes de violences

Le "3919", "Violence Femmes Info", est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences (conjugales, sexuelles, psychologiques, mariages forcés, mutilations sexuelles, harcèlement...). Il est gratuit et anonyme.

Il propose une écoute, informe et oriente vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge. Ce numéro est géré par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).