BFM

Netflix s'invite à la Fête des Lumières de Lyon et suscite la controverse

BFM Sophie Hienard
L'installation lumineuse "Stranger Lights".

L'installation lumineuse "Stranger Lights". - Fête des Lumières

L'installation Stranger Lights, financée par le géant américain du streaming, suscite une vive controverse au conseil municipal. Certains élus pointant derrière ce mécénat, une publicité déguisée.

Place Sathonay, dans le premier arrondissement de Lyon, le portail vers l'Upside down attend les premiers visiteurs de la Fête des Lumières. Du 5 au 8 décembre, Stranger Lights plongera le public dans l'univers de Stranger Things, la série phare de Netflix dont les premiers épisodes de l'ultime saison sont sortis sur la plateforme le 27 novembre dernier. Une installation qui suscite déjà la polémique.

Lors du conseil municipal du 20 novembre, l'opposition s'est insurgée contre cette collaboration avec le géant du streaming - ce dernier finance cet événement à hauteur de 152 000 euros. Nathalie Perrin-Gilbert, ancienne adjointe à la culture et candidate divers gauche aux municipales de 2026, a dénoncé une "mise en avant directe d'une marque commerciale" qui ne relèverait pas du "mécénat", selon les propos rapportés par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

"La Fête des Lumières est un patrimoine culturel qui n'a pas vocation à devenir une vitrine commerciale pour des franchises internationales. Ne travestissons pas un sponsoring en mécénat pour éviter de dire la vérité aux Lyonnais."

L'élue d'opposition a annoncé vouloir transmettre le dossier à la préfecture et au tribunal administratif et demande à consulter la convention signée avec Netflix. Ce que la municipalité refuse de lui communiquer pour l'instant.

Béatrice Gailliout, élue progressiste et républicaine, s'est elle aussi étonnée de cette "collaboration commerciale" avec "une entreprise américaine connue pour son optimisation fiscale osée". L'installation marquerait une première pour l'événement lyonnais, qui attire des millions de visiteurs chaque année.

"Aucune publicité"

Face aux critiques, l'exécutif écologiste défend un cadre strictement légal, puisque les contreparties apportées par la ville à Netflix sont, comme le prévoit la loi, inférieures à 25% de la valeur du don. Le logo de la plateforme ne sera pas visible sur place. Le maire Grégory Doucet a également garanti, auprès de Lyon Capitale, qu'"aucune publicité ne sera faite sur la place Sathonay."

Julien Pavillard, directeur artistique de la Fête des Lumières, récuse, lui aussi, toute opération publicitaire évoquant auprès d'Euronews "l'apport un peu inquiétant, un peu merveilleux que Stranger Things peut faire à la Fête des Lumières". Argument de plus, selon lui: c'est l'artiste Stéphane Durand, habitué des éditions lyonnaises, qui a été choisi pour créer cette scénographie immersive.

Du côté de Netflix, un représentant de la plateforme a simplement indiqué à Euronews que "ce sont les organisateurs et la communauté qui fixent les règles des partenariats".

Un contexte budgétaire tendu

Ce n'est pas la première fois qu'un partenariat est établi entre la municipalité et une entreprise privée pour une installation. Une œuvre inspirée du jeu vidéo Pac-Man avait été financée par son éditeur sur la place Antonin-Poncet, sans susciter un tel émoi. Le contexte politique reste différent - les élections municipales prochaines, prévues en mars 2026, rendent ce partenariat d'autant plus électrique.

Cette controverse s'inscrit dans un contexte budgétaire difficile pour la Fête des Lumières 2025. La ville a réduit son financement de 800.000 euros, ramenant le nombre d'installations de 32 à 23, incitant la ville à multiplier les recours à des mécènes privés comme Netflix pour maintenir une programmation ambitieuse.