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Vincent Munier, le photographe animalier qui émerveille les spectateurs avec son film "Le Chant des Forêts"

BFM Sophie Hienard
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Après le triomphe de La Panthère des Neiges, le photographe vosgien revient avec Le Chant des Forêts, tourné dans les terres de son enfance. Le film rencontre un franc succès en salles.

Pas de hauts plateaux tibétains ni de quête d'un félin légendaire. Après La Panthère des Neiges, son premier long-métrage co-réalisé avec Marie Amiguet, qui avait remporté le César du meilleur documentaire en 2022, Vincent Munier signe Le Chant des Forêts, une ode à l'observation et au ralentissement dans les Vosges.

Porté par un bouche-à-oreille enthousiaste des spectateurs conquis, le long-métrage, sorti le 17 décembre dernier, pourrait même dépasser son prédécesseur. En trois semaines d’exploitation, le film totalise déjà plus de 610.000 entrées, attirant chaque semaine depuis son lancement, 200.000 curieux en quête de beauté. La Panthère des Neiges, adapté du livre de Sylvain Tesson, avait fait 620.000 entrées.

Est-ce la magie des paysages qui séduit le public, ou son récit familial? Le photographe et réalisateur de 49 ans signe ici un film très personnel - transmission entre un grand-père, un père et son fils. "À l'âge de 12 ans, j'ai eu un déclic, à l'âge de mon fils dans le film, confie-t-il à BFMTV. Cette histoire de filiation père-fils-petit-fils me tenait à cœur".

"C'était le bon moment, avant qu'il ne soit trop tard, de partager tout ce que mon père m'a enseigné. Je lui dois tout franchement (...). C'est presque une déclaration d'amour à mon père."

"Magnifier les bêtes, c'est mon credo"

Son père Michel Munier, naturaliste a passé sa vie à l'affût dans les forêts vosgiennes, et lui a appris l'art de s'effacer pour mieux voir le vivant. Ce dernier a consacré sa vie au Grand Tétras, cet oiseau mythique qui a disparu des terres françaises en moins de cinquante ans.

Vincent Munier observe, lui aussi, les animaux, mais autrement. Devenu photographe, celui qui est originaire d'Épinal réalise sa première image à 12 ans avec l'appareil offert par son père.

Depuis 2002, il parcourt ainsi le monde pour photographier la nature sauvage et mettre en lumière des espèces menacées: loups arctiques, harfangs des neiges, ours bruns, yaks sauvages. En 2013, il passe même un mois seul sur l'île d'Ellesmere, dans l'Arctique canadien, où il rencontre une meute de neuf loups blancs, expérience qu'il relate dans son livre Arctique.

Cette fois, il est allé tourner dans les forêts vosgiennes, celles de son enfance, avec quelques passages dans le Jura et en Norvège. L'occasion d'observer des apparitions de cerfs,de renards ou encore de lynx, les animaux qui ont peuplé ces souvenirs.

"J'étais privilégié. Même si on habitait dans une petite maison avec une voie ferrée pas très loin, avec des usines, des friches industrielles, on prenait un vélo avec mon frère et ma sœur, on allait à la forêt qui était juste derrière".

"Magnifier les bêtes, c'est mon credo, c'est ce que je sais faire", résume-t-il sobrement. Premier photographe à recevoir trois fois le Eric Hosking Award du BBC Wildlife Photographer of the Year, Vincent Munier a également fondé les éditions Kobalann en 2010. Ses images, inspirées par les estampes japonaises et l'art minimaliste, jouent avec la brume, la pluie, la neige et le blizzard pour dessiner des silhouettes d'animaux presque fantomatiques.

Ainsi, le film compile près de huit ans d'archives. "Il y a énormément d'affût, on a décortiqué tout ce que j'avais déjà filmé en ciblant les instants les plus forts, les plus puissants", explique le réalisateur.

"Un levier pour être dans l'action"

En ressort une invitation à la contemplation. Un film qui permet de prendre le temps dans une époque d'instantanéité. Et qui contraste avec le regard plus sombre que porte le réalisateur sur notre époque.

"Je suis attristé par notre capacité à s'adapter à une certaine laideur, à une médiocrité. Comment se fait-il qu'on ne soit pas révolté par les nappes d'eau qu'on pollue, par cette campagne qu'on mornifie? C'est une vaste plaine, il n'y a plus d'arbres, il y a des pylônes, des éoliennes, c'est une laideur incroyable."

Si le long-métrage n'est pas un manifeste politique, il reste engagé, témoignant de la disparition des espèces et des conséquences des activités humaines sur les espaces. "Le cinéma, c'est une condition qui nous permet de transmettre plus facilement des émotions, affirme-t-il. C'est aussi un levier pour être, après, dans l'action."

Le photographe incite ainsi à plus de douceur au quotidien: "Je suis persuadé que si on est bienveillant avec ce qui nous entoure, ce qui est non-humain va certainement nous aider à être meilleurs entre nous".