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Un an après le cyclone Chido, qui a détruit 40% des établissements scolaires de Mayotte, la ministre des Outre-mer veut "que les enfants mahorais aient les mêmes chances que les autres"

BFM Yves Pulici et Salomé Robles
La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, à Mayotte, le 14 décembre 2025.

La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, à Mayotte, le 14 décembre 2025. - BFMTV

Il y a un an, 40% des établissements scolaires étaient détruits ou endommagés à Mayotte par le cyclone Chido. Aujourd'hui, près de 9.000 enfants ne sont pas scolarisés tandis que les autres subissent des systèmes de "rotations" en classe.

"Nous voulons que les enfants mahorais aient les mêmes chances que les autres". La ministre des Outre-mer a entamé ce samedi 13 décembre une visite à Mayotte pour voir "tout ce qui a été fait, tout ce qu'il reste à faire", un an après le passage dévastateur du cyclone Chido sur l'archipel.

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28:14

En décembre 2024, 40% des établissements scolaires ont été détruits ou endommagés, dans le département le plus pauvre de France.

Interrogée par BFMTV, Naïma Moutchou rappelle qu'il y a "un plan de reconstruction des écoles" à Mayotte. Elle évoque "peut-être" une conférence pour identifier les blocages "parce que les financements sont là".

Non-scolarisation et système de "rotations"

Ce mercredi, l'Unicef a dénoncé la non-scolarisation de près de 9.000 enfants à Mayotte et a appelé à "réévaluer les besoins en matière de reconstruction d'établissements", craignant un retard massif dans l’apprentissage pour de nombreux enfants.

La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou parle ainsi d'un "objectif ambitieux" de construire "plusieurs milliers de classes d'ici 2031 pour absorber tout le poids démographique". Dans un rapport, la chambre régionale des comptes estimait récemment qu'il faudrait construire 1.200 salles de classe supplémentaires dans l'archipel.

Pour les enfants qui peuvent aller à l'école, les conditions sont loin d'être optimales. Selon La 1ère, 57% des élèves mahorais étaient soumis à un système de "rotations" avant le passage du cyclone, une situation qui s'est aggravée depuis. En effet, beaucoup d'écoles organisent des rotations dans les salles encore en état: une classe le matin, une autre l'après-midi.

"Ces rotations scolaires existaient déjà avant, Chido a fragilisé la situation", conçoit à notre micro Naïma Moutchou, qui ajoute également que cette organisation "ne dépend pas" que de l'État. "C'est aussi un sujet local", lance-t-elle.

"Des classes à moitié détruites"

"Les enfants reprennent dans des classes à moitié détruites avec du matériel qui manque. Donc c'est vraiment une situation extrêmement dégradée dans laquelle les enfants sont retournés à l'école", dénonce également Judie Soret, responsable plaidoyer de l'Unicef France, auprès de RMC.

Des maires se sont ainsi plaints à la rentrée scolaire de ne pas voir leur dossier de remboursement avancer pour la remise en état des écoles détruites par le cyclone. "Tout ça se règle", a voulu rassurer Naïma Moutchou, rappelant que l'État pouvait accompagner les collectivités sur le volet administratif et en ingénierie.

En outre, elle déplore qu'"il y a encore la majorité des établissements sur l'île qui ne sont pas en mesure d'offrir un repas aux enfants".

"C'est fondamental, un enfant ne doit pas choisir entre être scolarisé et manger", déclare Judie Soret.

"Une délinquance juvénile particulièrement importante"

En ce qui concerne les collèges et les lycées, à la rentrée 2025, la ministre de l'Éducation nationale d'alors, Élisabeth Borne, annonçait que dans le second degré 96% des capacités d'accueil avaient été retrouvées, malgré des conditions parfois difficiles et des salles de classe peu adaptées. Le mois dernier, plusieurs centaines de professeurs contractuels dénonçaient ne pas avoir perçu de salaire depuis la rentrée.

À cela s'ajoute qu'à Mayotte, entre les différents collèges, il y a souvent de la violence et des règlements de compte. "Il y a une délinquance juvénile particulièrement importante", concède ainsi la ministre Naïma Moutchou, qui souligne toutefois qu'il s'agit "d'un phénomène général qu'on a constaté en France hexagonale aussi". "La justice doit être au rendez-vous et des moyens sécuritaires doivent être mis en place", affirme-t-elle.

La ministre pointe également du doigt "la responsabilité des parents. "Les familles ont un rôle à jouer", assure Naïma Moutchou.

Le Parlement avait adopté en février un projet de loi d'urgence pour la reconstruction de l'archipel, avant un second texte visant à "refonder Mayotte" promulgué en août. Celui-ci prévoit près de quatre milliards d'euros d'investissements sur six ans.