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Monuments historiques à Marseille: ce que change le classement pour les bâtiments concernés

BFM Marseille Sylvain Allemand
Notre-Dame de la Garde, un édifice que Rachida Dati souhaite classer.

Notre-Dame de la Garde, un édifice que Rachida Dati souhaite classer. - CHRISTOPHE SIMON © 2019 AFP

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Lors de sa visite du 16 janvier à Marseille, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a annoncé qu'une cinquantaine d'édifices de la ville allaient être protégés au titre des monuments historiques. Un statut qui permet de mieux protéger le patrimoine d’une ville, mais qui peut parfois être contraignant pour les municipalités.

Rachida Dati en mission protection du patrimoine. En déplacement à Marseille, jeudi 16 janvier, la ministre de la Culture a annoncé qu’une cinquantaine d’édifices de la cité phocéenne allaient bénéficier d’un classement au titre des monuments historiques. Quelques mois auparavant, la résidente de la rue de Valois, avait décidé de classer le bâtiment du laboratoire de Marie Curie, au Pavillon Curie.

"Cette annonce n’est pas une critique"

De son côté, le ministère de la Culture, assure que ces annonces résultent d’une envie de la ministre de préserver le patrimoine. "Dans des villes comme Marseille et Paris, il y a beaucoup de bâtiments qui sont des hauts lieux touristiques mais qui ne sont pas du tout classés et protégés", déclare auprès de BFMTV, un membre du ministère de la Culture.

"Cette annonce n’est pas une critique envers ses villes, c’est un travail de protection fait avec la municipalité et ses élus", ajoute-t-il.

Dans la ville de Benoît Payan, cette "mise à plat de la protection" intervient alors que la ville ne compte que 93 monuments historiques. "On est très loin derrière Bordeaux, qui en compte 384, de Lyon qui en compte 241, ou de Toulouse et Strasbourg, qui en comptent 232. Et nous parlons d’une ville comme Marseille, dont la superficie couvre plus de deux fois celle de Paris", déclarait Rachida Dati lors de son discours dans la cité phocéenne.

Un retard que la municipalité phocéenne reconnaît. "Il y a eu un désintérêt de la conservation du patrimoine, mais depuis 2022, la municipalité travaille vraiment sur cette question", indique à BFMTV.com, Perrine Prigent, adjointe au maire chargée de la valorisation du patrimoine.

"Sur la cinquantaine de classements annoncés, une quarantaine ont été choisis sur la recommandation de la mairie. Nous sommes ravis de cette annonce et nous sommes très heureux de la valorisation de notre travail par la ministre de la Culture", ajoute-t-elle.

Un enthousiasme qui contraste avec les dernières déclarations de l'édile de la cité phocéenne, critique envers la sortie de Rachida Dati.

"Elle a dit ce qu'elle avait à dire. Je n'ai pas grand-chose à dire sur ce déplacement. Il faudra voir si cela sert à quelque chose pour les Marseillais", a cinglé Benoît Payan auprès de la Provence avant d'ajouter: "Je note qu'elle veut classer des bâtiments municipaux ou du diocèse sans en avoir parlé à personne en amont. Cette méthode ne fonctionne pas".

Une protection sur le long terme

Cette annonce de Rachida Dati est, pour les bâtiments concernés, lourde de conséquences. Ce classement au titre des monuments historiques est "une servitude d’utilité publique" qui ne peut être instaurée que par la ministre de la Culture sur un immeuble ou un objet mobilier, présentant un intérêt historique ou artistique.

"La protection au titre des monuments historiques emporte des obligations pour le propriétaire, notamment celle de ne pas faire de travaux sans l’accord de l’administration, mais peut aussi le faire bénéficier d’aides de l’État, directes ou indirectes", indique le ministère de la Culture à BFMTV.com.

Pour certains bâtiments, ce classement est une véritable plus-value, car il leur permet d’être conservés plus durablement dans le temps.

"Sa démolition est subordonnée à une autorisation du préfet de région (DRAC), évidemment très rarement accordée, et d’autre part, parce que les services de l’État chargés des monuments historiques veillent à ce que les travaux autorisés soient adaptés à la typologie du monument et à sa conservation", souligne auprès de BFMTV.com, le ministère de la Culture.

Un classement pas anodin pour les localités concernées

Si cette protection est un atout d’un point de vue culturel et patrimonial pour les communes concernées, elle peut être aussi contraignante. Les travaux imposés par le classement sont souvent plus complexes et onéreux.

Pour garder intacts des lieux qui ont bien souvent été touchés par les ravages du temps, les propriétaires obtiennent des subventions ou des déductions fiscales grâce au statut de moment historique. La participation des autorités peut représenter 10 à 60% du coût des travaux, selon la fondation du patrimoine.

"Cela génère des coûts financiers, mais qui ne sont pas comparables avec l’importance de la préservation d’un patrimoine. En plus, les rénovations dureront dans le temps, car on bénéficie des meilleurs moyens techniques qui sont mis à disposition par l'État", précise à BFMTV.com, Perrine Prigent.

"Ce contrôle peut être perçu comme une contrainte"

Le classement provoque aussi la création d’un périmètre de protection autour du monument. Dans ce périmètre, l’ensemble des travaux des riverains sont soumis à l’architecte des Bâtiments de France. Un contrôle, qui peut être handicapant pour les habitants qui ne sont plus libres de faire des aménagements de leur logement comme ils le souhaitent.

"Ce contrôle, qui peut être perçu comme une contrainte, s’avère souvent, à moyen-long terme, extrêmement profitable à la préservation de la qualité des abords des monuments historiques, au bénéfice de la collectivité", tempère le ministère de la Culture auprès de BFMTV.com.

À noter, que le classement ne peut être pris par arrêté ministériel qu’après l'accord du propriétaire, qu’il soit public ou privé.

"En cas de refus, le classement ne peut être prononcé que par décret du Premier ministre, pris après avis de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture", conclut le ministère de la Culture.

Le nombre de nouvelles protections demeure stable depuis plusieurs années. Pour toute l’année 2023, 36 immeubles et 81 objets mobiliers ont fait l’objet de décisions de classement.