À Singapour on gagne plus que dans de nombreux pays d'Europe, le papa des aspirateurs Dyson vient d'y acheter l'appartement le plus cher de l'histoire... Comment le pays d'Asie est devenu un aimant pour les riches et le luxe?
Gardens by the Bay à Singapour - Interface Tourism
Soixante ans après son indépendance, Singapour avance à contre-courant des incertitudes mondiales. En 2025, la cité-État combinait croissance solide, afflux de capitaux et montée en puissance du luxe, confirmant son statut de valeur refuge pour les élites économiques et les grandes marques internationales.
Une cité-État aimant à capitaux et grandes fortunes
Quand Lawrence Wong, premier ministre de Singapour, annonce, le 31 décembre, une croissance de 4,8% en 2025, supérieure aux prévisions initiales de 4%, le message dépasse largement la performance macroéconomique. Dans un monde qu’il décrit lui-même comme "moins prévisible et moins sûr", la cité-État envoie un signal clair aux investisseurs, aux multinationales… et aux grandes maisons de luxe: Singapour reste un port d’attache solide dans la tempête mondiale.

Certes, le chef du gouvernement tempère immédiatement l’enthousiasme: maintenir un tel rythme sera "difficile" dans un contexte de tensions commerciales persistantes, de droits de douane américains durcis et de géopolitique fragmentée. Le ministère du Commerce anticipe déjà un ralentissement compris entre 1 et 3% en 2026. Mais à court terme, le constat est sans appel: l’économie singapourienne surperforme.
Une position particulière pour cette cité-État, qui attire non seulement les entreprises, mais aussi les milliardaires, les family offices et les ultra-riches — avec, dans leur sillage, tout l’univers du luxe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2024 de la CNUCED, Singapour est devenue en 2023 la troisième destination mondiale des investissements directs étrangers, derrière les États-Unis et la Chine.
En effet, les flux d’IDE (investissements directs étrangers) ont atteint 159,6 milliards de dollars, en hausse de 13,1 % sur un an. Une performance exceptionnelle pour une économie sans vaste marché intérieur. Les statistiques officielles montrent que des économies comme les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et Hong Kong figurent parmi les principaux investisseurs à Singapour.
Immobilier d’exception et installation durable des élites
Cette attractivité se matérialise aussi dans l’immobilier de prestige. Exemple avec le milliardaire britannique James Dyson qui a acquis à Singapour le bien immobilier le plus cher jamais vendu dans la cité-État: un super-penthouse de 1.960 m², acheté près de 48 millions d’euros, avec ascenseur privé, au sommet du quartier d’affaires.

Un achat qui résume bien l’esprit du lieu: ici, les grandes fortunes ne viennent pas seulement investir, elles s’installent. Dyson a d’ailleurs déplacé le siège de son groupe à Singapour, rapprochant son entreprise des marchés asiatiques. Même logique pour Apple, qui a annoncé un investissement de 250 millions de dollars afin d’étendre son campus d’Ang Mo Kio, au cœur de la cité-État.
Et là où s’installent les fortunes, le luxe ne tarde jamais. À Singapour, il ne se contente plus de vitrines, il crée des expériences sur mesure. L’horloger suisse Audemars Piguet a ouvert une AP House au sein du mythique hôtel Raffles, avec le tout premier AP Café au monde. Une adresse ultra-sélective, parmi une vingtaine seulement à l’échelle mondiale, qui mise autant sur l’hospitalité que sur l’horlogerie.

Autre acteur majeur de ce développement luxueux: Louis Vuitton, avec son spectaculaire magasin façon pavillon de verre et d’acier, baptisé Louis Vuitton Singapore Marina Bay, surplombant les eaux de Marina Bay.
Le malletier a également poussé la logique encore plus loin avec L’Appartement, sa boutique située à Ngee Ann City, l’un des principaux centres commerciaux de Singapour. Un espace de 690 m², réservé à 1 % de sa clientèle — les Very Important Clients — accessible uniquement sur rendez-vous. Décor parisien, salons privatifs, expériences sur mesure… Cerise sur le gâteau: l’ouverture à Marina Bay Sands de Le Chocolat Maxime Frédéric by Louis Vuitton, première boutique asiatique du concept.

Un choix stratégique: avec 5,6 millions d’habitants, Singapour affiche l’une des populations les plus riches d’Asie, avec un revenu mensuel moyen par personne de 4.400 euros, bien supérieur à celui de nombreux pays européens. Sur 100 Singapouriens, six sont millionnaires en dollars.
Et fatalement, ils consomment. Les statistiques confirment cette dynamique. En novembre 2025, selon l’Office national des statistiques de Singapour, la majorité des commerces ont enregistré une hausse de leurs ventes par rapport à l’année précédente. Les segments les plus dynamiques? Montres et bijoux, cosmétiques, produits de bien-être et articles de loisirs, avec des progressions comprises entre +11,4% et +13,9%. Une solidité économique qui se reflète directement dans les comportements de consommation.
Tourisme haut de gamme et projets pharaoniques
Avec plus de 16 millions de visiteurs internationaux en 2024, en hausse de 21%, Singapour confirme également son attractivité touristique.

Preuve en est: le groupe américain Las Vegas Sands, propriétaire de l’hôtel-casino Marina Bay Sands, a lancé un projet pharaonique de 8 milliards de dollars pour agrandir son complexe emblématique. Au programme? Une nouvelle tour de 55 étages, 570 suites de luxe, une salle de spectacles de 15.000 places, un casino, des piscines sur le toit et près de 19.000 m² d’espaces événementiels.
"Une fois achevée, cette extension rafraîchira notre ligne d’horizon", a déclaré Lawrence Wong lors de la pose de la première pierre.
Pour rappel, Las Vegas Sands aura investi plus de 15 milliards de dollars à Singapour depuis le lancement de ses activités en 2010, a précisé Patrick Dumont, président et directeur opérationnel du groupe.

Cependant il faut garder en mémoire que, derrière le vernis futuriste, les jardins suspendus et l’esthétique ultra-contemporaine, Singapour impose une discipline sociale stricte. On ne fume que dans des zones très limitées, l’importation de cigarettes électroniques peut être passible de jusqu’à 20 ans de prison, leur revente de 10 ans et certains délits sont encore sanctionnés par des coups de bâton — un contraste saisissant avec les modes de vie latins ou occidentaux.
Une destination pensée pour les élites mobiles
Singapour soigne aussi son accessibilité. Depuis Paris, Singapore Airlines, compagnie aérienne parmi les plus récompensées au monde, propose deux vols directs quotidiens, avec des classes premium flirtant avec les standards hôteliers : gastronomie signée par de grands chefs, sièges-lits spacieux, service irréprochable. Ici, l’expérience commence avant même l’atterrissage.
Sur place, hôtels lifestyle, palaces urbains et nouvelles adresses séduisent une clientèle internationale habituée aux standards premium.

Coup de cœur pour l’hôtel cinq étoiles Artyzen, véritable oasis verticale mêlant nature luxuriante et design très contemporain. On retiendra notamment sa piscine à débordement transparente, donnant l’impression de se jeter dans le vide, ou encore la vue depuis le rooftop du Mondrian, entre ambiance White Lotus et détails façon Taxi Driver.
Enfin, ce qui distingue Singapour d’autres hubs asiatiques, c’est son obsession de l’équilibre. Le Singapore Green Plan 2030 ambitionne de faire de la cité-État une véritable "City in Nature": plus de 25 nouveaux parcs d’ici 2030, la restauration de 57 hectares d’habitats naturels, une meilleure connectivité entre les espaces verts.
La ville dispose déjà de l’une des plus grandes centrales solaires flottantes au monde, sur le réservoir de Tengeh. Autre atout décisif: Singapour est une véritable walking city. Ici, on marche ! Que cela soit entre deux rendez-vous business ou d'un hôtel design à une table étoilée.











