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"Œuvre d'art", "profanation"... Aux États-Unis, des crèches de Noël réinterprètent la Nativité pour protester contre l'ICE, la police de l'immigration américaine

BFM Orlane Edouard
Capture du poste Facebook de Phil Mandeville, membre du conseil paroissial de Sainte-Suzanne (Massachusetts) montrant la crèche de Noël de la paroisse.

Capture du poste Facebook de Phil Mandeville, membre du conseil paroissial de Sainte-Suzanne (Massachusetts) montrant la crèche de Noël de la paroisse. - Phil Mandeville - Facebook

Le monde selon Trump
À l'approche de la fête de Noël, qui célèbre la naissance du Christ, des églises américaines détournent la scène de la Nativité pour dénoncer la politique anti-immigration de l'administration Trump.

Une couverture de survie en guise de duvet... Le personnage du petit Jésus de l'église américaine Lake Street à Evanston (Illinois) a de quoi surprendre les fidèles cette année. Devant la chapelle, la Sainte Vierge Marie et son époux Joseph portent des masques à gaz en plastique et sont entourés de soldats romains en gilets tactiques avec écrit "ICE" (le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis).

À plus de mille kilomètres de là, c'est la crèche de la paroisse Sainte-Suzanne à Dedham, dans le Massachusetts, qui a suscité de vives réactions. À la place de l'enfant Jésus, trône cette fois une pancarte avec l'inscription "ICE was here" (l'ICE était là, NDLR).

Depuis plusieurs jours, des églises américaines réinventent la scène de la Nativité pour protester contre la politique anti-immigration, toujours plus ferme, de Donald Trump, comme le rapportent notamment Associated Press ou le Washington Post. Les organisateurs affirment replacer le récit chrétien dans un contexte plus contemporain établissant ainsi un lien entre la vie de la Sainte Famille et le traitement des réfugiés aux États-Unis.

"Une œuvre d'art très puissante"

"Cette œuvre invite les spectateurs à s'interroger sur le décalage entre les valeurs religieuses ou morales affichées et les politiques migratoires", a justifié l'église Lake Street sur Facebook.

Rapidement partagées sur les réseaux sociaux, les images de ces crèches revisitées ont suscité à la fois l'éloge et l'indignation des fidèles. Si certains ont dénoncé une "profanation" de Noël, d'autres ont salué l'engagement politique de l'église chrétienne. "Une œuvre d'art très puissante", "nous prions pour tous les réfugiés", "quiconque est choqué par cela, ne comprend pas Jésus", peut-on lire dans les commentaires de l'église Lake Street.

"C’est un véritable scandale pour les catholiques, et je pense qu’il joue avec le feu", a déclaré en revanche à Associated Press (AP), CJ Doyle, directeur de la Ligue d’action catholique du Massachusetts au sujet de la crèche de l'église Sainte-Suzanne. "L’archevêque doit le démettre de ses fonctions".

Ces événements interviennent alors même que les contrôles d'immigration s'intensifient aux États-Unis et plus particulièrement dans les villes démocrates. Après Los Angeles, Washington et Chicago, La Nouvelle-Orléans a été la cible de l'ICE début décembre. Le département de la sécurité intérieure américain avait annoncé une opération d’arrestations d’immigrés sans papiers présentés comme des "criminels" dans la métropole de Louisiane.

Des actions en 2018

En matière d'engagement politique, la paroisse Sainte-Suzanne du Massachusetts n'en est pas à son premier coup d'essai. En 2018, les fidèles avaient enfermé l'Enfant Jésus dans une cage afin de protester contre la politique de séparation des familles de migrants menée par la première administration du président Trump.

"Nous travaillons quotidiennement avec des réfugiés. Pourtant, certains s'offusquent pour un simple morceau de plâtre. Moi, je me soucie davantage des individus que d'une crèche", a déclaré à AP, Phil Mandeville, membre du conseil paroissial de Sainte-Suzanne.

De son côté, le révérend Michael Woolf, pasteur de l'église de Lake Street, est connu pour ses actions en soutien aux immigrés. Le 14 novembre dernier, il a été arrêté avec un groupe de manifestants devant un centre de détention fédéral pour immigrants à Broadview, dans l'Illinois, a indiqué USA Today. Une photo de lui, allongé face contre terre avait été largement diffusée aux États-Unis.