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Capture de Nicolás Maduro: il y a 36 ans jour pour jour, les États-Unis capturaient déjà un chef d'état d'Amérique Latine

BFM Florent Bascoul
Le général Manuel Noriega, ancien dirigeant panaméen escorté le 4 janvier 1990 dans un avion par des agents de la police antistupéfiants (DEA) américains

Le général Manuel Noriega, ancien dirigeant panaméen escorté le 4 janvier 1990 dans un avion par des agents de la police antistupéfiants (DEA) américains - Photo by FILES / AFP

Trente-six ans jour pour jour avant la capture spectaculaire de Nicolás Maduro, président du Venezuela dans sa résidence de Caracas, ce samedi 3 janvier, les États-Unis faisaient main basse sur un autre chef d'Amérique latine: le général panaméen Manuel Noriega.

Étrange coïncidence. L'opération de l'armée américaine "Absolute Resolve" qui a conduit à l'arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro samedi 3 janvier s'est déroulée 36 ans jour pour jour après la capture du général Manuel Noriega, dirigeant du Panama.

Militaire de carrière, ce personnage gravit les échelons hiérarchiques dans les années 1960 et 1970 jusqu'à être promu à la tête des renseignements. Il commence alors à travailler avec la CIA, très active dans ce pays régulièrement déstabilisé par des coups d'État, à une époque où tout est prétexte pour empêcher l'implantation de gouvernements réputés proches des communistes.

Dans les années 1980, il devient le chef d'État de fait en exerçant le pouvoir sans avoir été élu. Il collabore avec les États-Unis en facilitant l'aide aux paramilitaires anticommunistes au Nicaragua, et s'enrichit en coopérant avec les cartels mexicains.

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En 1989, Noriega annule l'élection présidentielle et le Parlement le nomme chef d'un gouvernement fantoche le 15 décembre. George Bush ordonne un putsch militaire contre Noriega qui échoue dans un premier temps.

27.000 soldats américains

Le 20 décembre 1989, plus de 27.000 soldats américains ont envahi le Panama pour renverser et capturer Noriega, réclamé par un tribunal de Miami (Floride) pour trafic de drogue. Il se rend aux américains le 3 janvier 1990. Il est photographié dans un avion de retour pour les États-Unis, comme l'a été Nicolás Maduro.

L'opération "Juste Cause", a fait officiellement 500 morts. Un bilan contesté par des ONG qui l'estime à plusieurs milliers.

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a appelé en 2018 les États-Unis à indemniser les victimes de l'invasion du Panama par les forces américaines en 1989. La CIDH a estimé que les États-Unis étaient "responsables" des violations des droits "à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l'intégrité de la personne" commises au cours de l'invasion lancée par Washington.

Manuel Noriega a été condamné pour la première fois par la justice américaine en 1992 pour trafic de cocaïne, banditisme et blanchiment à quarante ans d'emprisonnement. Il purgeait une peine pour meurtres au Panama, accusé d'avoir tué des opposants à son régime. Il avait été extradé en France pour être jugé pour blanchiment d'argent.

La justice lui avait accordé le droit de sortir temporairement de prison pour se faire opérer. Il est mort en 2017 à l'âge de 83 ans.