Alors que les néobanques gagnent du terrain sur les produits d'épargne et d'investissement, le crédit immobilier reste la chasse gardée des banques traditionnelles

Alors que les néobanques, 100% numériques, gagnent du terrain sur les produits d'épargne, les banques traditionnelles et leurs filiales veillent à conserver leur place sur celui des crédits immobilier. C'est le sens de la dernière annonce du Crédit Agricole cette semaine: la banque, première du secteur des prêts immobilier avec un tiers du marché, a lancé un nouveau service permettant d'obtenir en 6 à 8 minutes un accord de principe pour son projet d'acquisition immobilière, grâce à l'analyse des documents déjà détenus par la banque ou fournis par les nouveaux clients. L'acquéreur est ensuite contacté sous 24 heures par un conseiller pour finaliser le projet.
L'enjeu est important pour les banques traditionnelles, car "un tiers des nouveaux clients qui nous rejoignent tous les ans le font parce qu'on les a accompagnés dans le cadre de leurs projets immobiliers", souligne le directeur général adjoint de Crédit Agricole S.A., Gérald Grégoire.
Ce mouvement "est une vraie avancée pour les banques traditionnelles, et notamment pour Crédit Agricole, qui essayent de se positionner et de couper l'herbe sous le pied des néobanques qui sont en train de fortement étudier la question pour se lancer sur le crédit immobilier", explique Margaux Vignal, du cabinet Bartle qui estime que ces 6 à 8 minutes de délais représentent "un nouveau standard de marché".
Rattraper un retard
Pour un connaisseur du secteur qui souhaite rester anonyme, cela permet également au Crédit Agricole de rattraper son retard dans la numérisation du "parcours client". Demander un crédit immobilier totalement en ligne est en effet désormais possible dans plusieurs banques françaises, comme la Banque populaire, BNP Paribas, ou encore le Crédit Mutuel.
Les néobanques, quant à elles, ne se sont pas encore tout à fait attaquées à ce marché complexe. Ces dernières années, elles se sont surtout développées sur les produits d'épargne et d'investissement pour les particuliers ou les petites entreprises, avec, souvent, des rendements alléchants, dont il faut connaître les subtilités.
Selon la dernière étude de Bain & Compagny, consacrée aux comportements clients dans la banque de détail en France en 2025, 78% des clients français utilisent au moins un service de fintech ou de néobanque, soit une hausse de 11 points depuis 2021.
Margaux Vignal différencie, cependant, les néobanques - établissements de paiement en ligne qui ont une licence bancaire - des banques en ligne, adossées à une banque traditionnelle et qui peuvent proposer des crédits immobiliers, tout en tentant d'enrichir les services numériques associés à ce produit financier. Ainsi, Hello bank!, filiale de BNP Paribas qui propose des crédits immobiliers depuis 5 ans, rappelle qu'elle donne la possibilité à ses clients de suspendre eux-même leur crédit immobilier pour plus d'autonomie dans la gestion de leurs finances.
Les crédits immobiliers, outils de fidélisation...
L'annonce de Crédit Agricole, renvoie un "signal positif" sur le fait que "de plus en plus de banques, quelles qu'elles soient, ont envie d'avoir des parcours qui soient efficaces, rapides, etc.", estime Benoît Grisoni, le dirigeant de BoursoBank (Société générale), qui propose depuis 10 ans une offre de crédit immobilier.
Les clients qui ouvrent un compte chez BoursoBank viennent "à 95% pour l'offre bancaire du quotidien", dont "beaucoup de clients jeunes". Le crédit immobilier devient "vraiment un enjeu de fidélisation pour nous", quand ces derniers, à 30 ou 35 ans, "commencent à avoir de grands projets", souligne-t-il.
Il estime donc naturel que les acteurs purement numériques comme le britannique Revolut ou l'Allemand N26 essayent de développer leurs offres "parce que sinon, ils ne seront pas capables dans la durée de garder ces clients-là".
... qui nécessitent des fonds propres importants
Mais les crédits immobilier ne sont pas des services faciles à proposer. Ils nécessitent que les organismes prêteurs aient les reins solides.
"Aujourd'hui, en France, il n'y a aucune néobanque qui propose de crédit immobilier, parce que c'est extrêmement compliqué, il faut avoir les fonds, les capitaux propres pour pouvoir prêter, et qu'il y a une réglementation, en France, très stricte", souligne encore Margaux Vignal, du cabinet Bartle.
La néobanque britannique Revolut, qui compte plus de six millions de clients en France, indique ainsi qu'elle est en train de tester le crédit immobilier en Lituanie et en Irlande, pour "ajuster le produit", avant de le "déployer progressivement dans d'autres régions". Cependant, aucun calendrier précis n'a été fixé pour son arrivée en France, précise-t-elle.
Gérald Grégoire (Crédit Agricole) estime cependant que si l'outil numérique "est une commodité", "ce n'est pas là-dessus, demain, que l'on fera la différence" mais "sur une proposition de valeur augmentée, soit parce qu'on a une offre, des parcours qui sont différents, soit parce qu'on a des tarifs plus attractifs, soit parce qu'on propose (...) une approche globale des besoins de nos clients".













