Peintures écaillées, ascenseurs régulièrement en panne, eau impropre et présence de rongeurs... L'iconique Chrysler Building de New York est à nouveau en vente (car personne n'en veut)
Le Chrysler Building est enveloppé d'un épais brouillard de fumée provenant des incendies de forêt au Canada, qui recouvre Manhattan le 7 juin 2023 à New York. New York figurait en tête de la liste des grandes villes les plus polluées au monde mardi soir, alors que la fumée des incendies continue de recouvrir la côte Est. - AFP
Il s'agit de sa troisième mise en vente en 18 ans, après une première en 2008 et une seconde en 2019. Le Chrysler Building, silhouette sans pareil de l'horizon new-yorkais, est à nouveau à vendre.
Conçu juste avant la crise de 1929 et construit en seulement deux ans, le gratte-ciel culmine à 318 mètres et compte 77 étages pour 117.000 m2. Il voulait représenter, à l'époque, l'exubérance et le modernisme, le monde des machines, avec sa flèche d'acier inspirée des enjoliveurs de la marque éponyme Chrysler.
Mais depuis la faillite et donc l'expropriation en septembre 2024 de son dernier propriétaire - un consortium composé du promoteur immobilier américain RFR et du groupe autrichien Signa - l'immeuble cherche à nouveau un repreneur.
Bureaux exigus et viellissants, ascensseurs en panne
Et les candidats ne se bousculent pas pour mettre la main sur ce joyau art déco vieillissant, coiffé de sa célèbre couronne en acier inoxydable. Certes, l'édifice attire toujours les touristes, mais ces derniers restent néanmoins cantonnés au rez-de-chaussée depuis la fermeture de sa plateforme d'observation en 1945. Pas facile en effet de se démarquer de l'Empire State Building, qui lui a rapidement ravi le titre de bâtiment plus élevé au monde (depuis détrôné par d'autres), et de la poignée d'autres gratte-ciel plus récents, plus hauts et ouverts aux visites.
La tour, située au coeur de Manhattan, reste malgré tout prestigieuse et attire des cabinets d'avocats, des professions libérales, mais aussi une grande agence artistique et des sociétés de coworking, etc.
Cependant, l'intérieur serait vieillissant. Des médias évoquent les plaintes de certains occupants: les locaux seraient vieillots, les peintures écaillées, les ascenseurs régulièrement en panne. L'eau des fontaines serait également impropre, les fenêtres trop petites, les bureaux exigus, et certains occupants ont raconté leurs rencontres incongrues avec des rongeurs.
L'édifice, surnommé "le Magnifique", "a beaucoup de problèmes techniques", confirme Ruth Colp-Haber, de l'agence Wharton Property, spécialisée dans l'immobilier commercial. "Il faudra beaucoup de travaux et beaucoup d'argent", dit-elle à l'Agence France Presse.
Avec la popularisation du télétravail pendant le Covid, "ces vieux immeubles ne font pas le poids face aux récents, qui ont de hauts plafonds, des climatisations nec plus ultra", explique-t-elle.
Acheté en 2019 pour 151 millions de dollars
Difficile pour le Chrysler de rivaliser avec des tours de verre flambant neuves offrant de meilleures prestations, comme la tour One Vanderbilt, ouverte en septembre 2020 à quelques rues à peine, ou celles du quartier revitalisé d'Hudson Yards.
Une concurrence d'autant plus vive que l'immobilier de bureaux new-yorkais souffre de l'essor du télétravail depuis la crise sanitaire du Covid-19. Les loyers, commerciaux comme résidentiels, sont particulièrement élevés dans la capitale économique des Etats-Unis, avec un loyer médian de 4.700 dollars par mois à Manhattan à l'été 2025.
À cela s'ajoute une situation inhabituelle: le terrain sur lequel est construit le Chrysler Building appartient depuis 1902 à Cooper Union, une école d'ingénierie, architecture et sciences humaines, qui perçoit un loyer annuel du propriétaire du bâtiment (20,1 millions en 2018, 32,5 millions de 2019 à 2027).
Mais le dernier propriétaire, (un consortium composés de l'Américain RFR et du groupe autrichien Signa), a été exproprié par un juge en septembre 2024 pour non-paiement du loyer. Le duo s'était porté acquéreur en 2019, pour 151 millions de dollars et la promesse de réaliser 250 millions de travaux. Mais Signa a fait faillite fin 2023.
D'après des documents de justice consultés par l'AFP, RFR a cessé de payer en mai 2024 et l'arriéré atteignait 21 millions de dollars au moment de l'expropriation.
"Nous avons constitué d'importantes réserves et surplus au cours des sept dernières années", indiquait à l'époque Malcolm King, président par intérim de Cooper Union, dans un message aux employés et aux étudiants. Il affirmait que ces vicissitudes immobilières n'affecteraient pas les bourses estudiantines, ni les frais de scolarité.
Classé au patrimoine de la ville de New York
Depuis, Cooper Union cherche un repreneur pour cette tour classée au patrimoine de la ville de New York en 1978. Toute modification intérieure ou extérieure doit être validée par la Commission de préservation des monuments historiques (LPC) de la ville.
En attendant, une certaine omerta domine concernant l'avenir du bâtiment. Sollicités par l'AFP, Cooper Union, la LPC, plusieurs agents immobiliers dont ceux chargés de la vente et RFR, entre autres, se sont refusés à tout commentaire.
"Tout est gelé en attendant de connaître le nouveau propriétaire", indique Mme Colp-Haber, évoquant une possible conversion partielle en hôtel ou en logements.
Quoiqu'il en soit, "il est extrêmement rare que la Commission approuve la démolition d'un monument historique", veut rassurer un spécialiste sous couvert d'anonymat.












