S'appuyer sur une simple présence militaire pour faire main basse sur un territoire: pourquoi Trump s'intéresse au cas de l'île de Chypre pour son projet au Groenland
Le président américain Donald Trump s'adresse aux médias alors qu'il quitte le centre des congrès lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, le 21 janvier 2026. - FABRICE COFFRINI
L’accord discuté entre Donald Trump et le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte viserait à accorder la souveraineté américaine sur les bases militaires des États-Unis au Groenland, mais aussi sur certains terrains entourant ces bases.
Selon le New York Post, cet accord en discussion serait calqué sur un pacte conclu en 1960 entre le Royaume-Uni et Chypre.
Le 16 août 1960, Chypre sort de la domination britannique et devient un État indépendant. Une indépendance organisée par les accords de Londres et de Zurich, comprenant notamment un traité qui définit le territoire de la nouvelle République de Chypre, et dans lequel certains terrains restent sous la souveraineté du Royaume-Uni:
Article 1: "Le territoire de la République de Chypre comprend l'île de Chypre, ainsi que les îles situées au large de ses côtes, à l'exception des deux zones définies à l'annexe A du présent traité, lesquelles zones restent sous la souveraineté du Royaume-Uni."
Akrotiri et Dhekelia, enclaves britanniques
À l’époque, les Britanniques souhaitent sanctuariser deux bases militaires sur l'île: Akrotiri et Dhekelia. Elles sont appelées Zones de Souveraineté Britannique (ZSB) et couvrent environ 3% de la superficie de Chypre.
L’intérêt géostratégique est alors évident. Il s’agit pour le Royaume-Uni de conserver un point d’appui en Méditerranée après la perte du canal de Suez. Les deux bases servent de centres de communications et de renseignement vers le bloc soviétique et le Moyen-Orient. Cela s’inscrit dans la posture stratégique britannique de l’époque, dite "East of Suez".
Aujourd’hui, Akrotiri et Dhekelia restent un hub régional pour les opérations britanniques et alliées au Levant, en Irak et en Syrie, ainsi qu’en Méditerranée orientale. Environ 3.500 militaires britanniques sont stationnés en permanence sur ces territoires britanniques à Chypre.
Ces bases sont également utilisées pour des vols de surveillance et de soutien liés aux crises régionales, notamment autour d’Israël et du Liban.
Pituffik: présence américaine au Groenland, sans souveraineté
Si ce modèle d’accord chypriote intéresse tant Donald Trump et Mark Rutte, c’est qu’il permettrait, côté américain, de renforcer la sécurité régionale. Aujourd’hui, les États-Unis disposent d’une base militaire à Pituffik, au Groenland, mais sans souveraineté territoriale. La présence américaine repose uniquement sur un accord de défense signé en 1951 avec le Danemark.
Très active pendant la guerre froide, la base compte aujourd’hui environ 150 militaires américains. Pituffik est devenue un site de surveillance aérienne et spatiale stratégique, capable notamment de détecter d’éventuels tirs de missiles balistiques provenant de Russie et traversant l’Arctique.
Arctique: l'obsession sécuritaire de Donald Trump
Donald Trump reprend, en creux, la logique britannique de 1960: faire évoluer une présence militaire déjà installée en véritable souveraineté territoriale, au nom d’une menace jugée systémique — hier l’URSS et Nasser en Méditerranée orientale, aujourd’hui les avancées russes et chinoises dans l’Arctique.
Reste à connaître l’ampleur exacte des revendications territoriales de Donald Trump et les intentions sous-jacentes. Il affirme que sa motivation est strictement sécuritaire et non commerciale. Mais dans son narratif, il évoque aussi le développement économique et l’acquisition de territoires autour des futures bases militaires placées sous souveraineté américaine.
En octobre dernier, le Premier ministre groenlandais Frederik Nielsen s’est adressé au Parlement européen pour appeler à davantage d’investissements au Groenland. Il expliquait que le sous-sol groenlandais recèle 24 des 34 minéraux critiques identifiés par l’Union européenne, essentiels à la transition énergétique et au secteur de la défense.











