BFM Business

Une dégradation "de 60% à horizon 2070": la chute des naissances risque d'aggraver le déficit des retraites de 30 milliards d'euros

BFM Business Paul Louis , Journaliste BFM Eco
Un nouveau-né est couché sur une table à langer, le 05 juin 2001 juste après sa naissance, au service maternité de l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret (France). (Photo d'illustration)

Un nouveau-né est couché sur une table à langer, le 05 juin 2001 juste après sa naissance, au service maternité de l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret (France). (Photo d'illustration) - Didier PALLAGES / AFP

À 1,62 enfant par femme en 2024, l'indice de fécondité en France est tombé à son plus bas niveau depuis plus d'un siècle, conduisant le Conseil d'orientation des retraites à envisager de revoir dès l'année prochaines ses hypothèses de natalité. Car cette chute des naissances risque d'aggraver significativement le déficit du système par répartition à long terme.

C'est sans doute la fin de "l'exception démographique française". Comme de nombreux pays developpés qui subissent le phénomène depuis plus longtemps encore, l'Hexagone plonge progressivement dans une inquiétante crise de la natalité.

Les chiffres sont éloquents: avec 663.000 bébés nés l'an passé, le nombre de naissances dans le pays a reculé de plus de 20% en 15 ans, d'après l'Insee. L'indice conjoncturel de fécondité s'est lui établi à 1,62 enfant par femme en 2024, soit son plus bas niveau depuis la fin de la Première guerre mondiale.

Ce déclin de la natalité est actuellement au coeur d'une mission d'information à l'Assemblée nationale pour tenter d'en comprendre les causes mais aussi les conséquences. Parmi elles: son impact sur le système de retraites par répartition dont la situation financière est déjà mal en point.

"Le système de retaites a une sensibilité inouïe à la démographie", a rappelé devant les députés Renaud Villard, directeur général de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV), ajoutant qu'il y a encore dix ans "on n'anticipait pas cette baisse de la natalité".

Concrètement, le recul continu des naissances va réduire à long terme le nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités. "Le ratio aujourd'hui est de 1,5 cotisant pour un retraité dans le régime général. À horizon 1970, le ratio va doucement tendre vers 1. À 1, la question de la soutenabilité (du système) se pose très directement", a souligné Renaud Villard.

Les hypothèses trop optimistes du Conseil d'orientation des retraites

Dans son dernier rapport publié en juin, le Conseil d'orientation des retraites (COR) tablait déjà sur un déficit du système de 6,6 milliards d'euros en 2030 et de plus de 45 milliards d'euros en 2070. Or, ces prévisions s'appuient sur des hypothèses de fécondité très optimistes avec un scénario "de référence" de 1,8 enfant par femme dans les prochaines années et un scénario "bas" de 1,6 enfant par femme, soit à peu près le niveau actuel.

Rien ne dit pour autant que la situation ne se dégradera pas davantage. "Avec 1,6, on reste les champions de l'Union européenne. Mais personne ne sait si 1,6 est un plateau sur lequel on va rester ou si nous allons rejoindre d'autres pays: l'Italie c'est 1,2, l'Espagne c'est 1,2 (...). La moyenne de l'UE est de 1,45...", a rappelé Gilbert Cette, président du COR.

Si l'organisme a retenu des hypothèses de fécondité aussi favorables, c'est parce qu'il s'appuie sur des projections démographiques de l'Insee datant de 2021 et dont la prochaine mise à jour n'est prévue qu'en novembre 2026. Sans attendre cette échéance et pour tenir compte des évolutions récentes, "on va sans doute revenir sur ces hypothèses dans notre prochain rapport, en tout cas on en discutera", a prévenu Gilbert Cette.

Une dégradation du déficit "de 60%" en 2070?

Quand bien même l'indice de fécondité se maintiendrait à 1,6 enfant par femme à long terme, les conséquences seraient lourdes pour le système de retraites par rapport au scénario de référence de 1,8. Les dépenses continueraient à progresser notamment en raison du vieillissement de la population mais le PIB lui serait plus faible "en raison d’une population active moins dynamique associée aux moindres naissances", observe le COR.

Résultat, le poids des retraites dans la richesse nationale augmenterait à partir de 2040 et serait supérieur de 0,6 point de PIB en 2070 à ce qu'il aurait été avec un indice de fécondité de 1,8 (environ 14,8% contre 14,2%).

Passer de 1,8 à 1,6 conduirait à "dégrader le déficit du système de 60% à horizon 2070", soit d'environ 30 milliards d'euros, alerte également Nathanaël Grave, sous-directeur chargé de la prospective au sein de la direction Statistiques, prospective & recherche de la CNAV.

L'éco du monde : La natalité chute, quels seront les impacts économiques à moyen terme ? – 16/01
L'éco du monde : La natalité chute, quels seront les impacts économiques à moyen terme ? – 16/01
6:30

La fécondité n'est "pas le seul outil de pilotage"

Cette révision du solde financier du système de retraites "fait froid dans le dos", reconnaît Renaud Villard. Mais il rappelle que la fécondité est loin d'être "le seul outil de pilotage", de nombreux autres paramètres étant susceptibles d'influencer le ratio entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités.

Pour Gilbert Cette, "l'élement phare, c'est le taux d'emploi". Même s'il augmente depuis plusieurs années notamment sous l'effet des différentes réformes des retraites, la France accuse en effet un retard conséquent en la matière par rapport à ses voisins.

En 2024, 69,9% 15-64 ans étaient en emploi dans l'Hexagone, selon Eurostat. Soit un niveau plus faible que la moyenne de l'UE (71,5%) et nettement inférieur à celui de certains de nos voisins comme l'Allemagne (79,8%) ou les Pays-Bas (84,4%).

"Cet écart de taux d’emploi s'explique par le fait que dans le club des pays les plus avancés, la France est un pays pauvre. Si d’un coup de baguette magique nous avions un PIB par habitant d’un pays comme les Pays-Bas, les dépenses sociaels seraient de 25% du PIB et les dépenses de retraites de 11%", relève encore Gilbert Cette.

Le président du COR prévient toutefois que l'amélioration du taux d'emploi ne suffira pas à compenser les effets de la baisse de la natalité sur le solde financier du système de retraites. L'économiste appelle aussi à "agir sur la productivité" même si cela "ne se fait pas d'un claquement de doigt". En attendant, Nathanaël Grave rappelle en guise de consolation que la dégradation des comptes de retraites liée à la dénatalité à horizon 2070 est un "effet transitoire" puisqu'à "beaucoup plus long terme, s'il y a moins de naissances, il y aura aussi moins de retraités donc cela devrait s’équilibrer".