Trump, le principal sujet des futures élections en Europe? Alors que deux tiers des Européens le voient comme un "recolonisateur", la gauche et le centre sont anti-Trump, les droites radicales se fracturent
Donald Trump après la réunion du Conseil de paix au Forum économique mondial de Davos le 22 janvier 2026 - Photo par FABRICE COFFRINI / AFP
Les derniers chiffres du sondage Eurobazooka sont sans appel: pour une majorité d’Européens, Donald Trump n’est plus un partenaire stratégique, mais un facteur de risque.
Plus d’un Européen sur deux le considère désormais comme un ennemi de l’Europe, contre à peine 8% qui continuent à le voir comme un ami. Une rupture nette avec l’image traditionnelle de l’allié américain, longtemps perçu comme un pilier économique et géopolitique du camp occidental.
Dans l’opinion publique, le basculement est profond. Près de deux tiers des Européens décrivent aujourd’hui la politique étrangère de Donald Trump comme une forme de "recolonisation" et de "prédation des ressources". Une perception qui tranche radicalement avec la relation transatlantique classique fondée sur le libre-échange et la coopération stratégique.
Autrement dit, la géopolitique version Trump devient un critère de vote économique à part entière.
Un moment de bascule dans les opinions européennes
Ce que révèle ce sondage, c’est un changement de logiciel. L’Amérique de Donald Trump n’est plus perçue comme un protecteur, mais comme un acteur concurrent, voire prédateur, y compris lorsqu’il s’agit des ressources industrielles, énergétiques ou technologiques européennes.
Dans les esprits, Trump devient un facteur de risque multiple: politique, réglementaire, commercial. Une incertitude qui pèse désormais directement sur les choix électoraux.
Conséquence majeure: trois quarts des Européens estiment désormais que l’Europe doit compter sur elle-même, sans miser sur le soutien durable des États-Unis. Une vision longtemps marginale, devenue aujourd’hui largement majoritaire.
Une polarisation politique spectaculaire
Sur le sujet Trump, l’Europe assiste à une recomposition politique très marquée. D’un côté, une forme d’unification de la gauche et du centre. En France, entre 85 et 95% des électeurs de La France insoumise, des écologistes, du Parti socialiste et de Renaissance décrivent Donald Trump comme un ennemi de l’Europe.
Une convergence extrêmement rare sur un sujet international: de l’extrême gauche au centre, le diagnostic est quasiment unanime.
À l’inverse, les droites radicales européennes apparaissent profondément fracturées. Qu’il s’agisse du Rassemblement national en France, de l’AfD en Allemagne, de Vox en Espagne ou encore de Fratelli d’Italia et de la Ligue du nord en Italie, leurs électorats se divisent en trois blocs: une frange clairement pro-Trump, une autre ouvertement hostile et une large zone grise qui refuse de trancher.
Pour ces partis, l’équation devient délicate. S’aligner trop ouvertement sur Trump, c’est risquer de perdre une partie de leur base. S’en éloigner, c’est décevoir ceux qui voient en lui un modèle politique. Résultat: une stratégie d’ambiguïté, y compris sur les sujets économiques, commerciaux et géopolitiques.
La géopolitique s’impose dans l’isoloir
L’enseignement majeur de ce sondage, c’est que la politique internationale n’est plus un sujet lointain pour les électeurs européens.
Plus d’un sondé sur deux affirme que la capacité à résister aux ingérences de Donald Trump pèsera directement dans ses prochains choix électoraux. Et de la gauche au centre, cette proportion grimpe entre 70 et 90%.
Le "facteur Trump" vient ainsi percuter de plein fouet les stratégies partisanes en Europe, en brouillant les lignes traditionnelles entre politique intérieure et politique étrangère.
Un constat résumé récemment par François Hollande, lors d’une conférence du Grand Continent, lorsqu’il affirmait que pour la première fois depuis le général de Gaulle, une élection présidentielle française pourrait se jouer principalement sur des questions internationales.
Un signal fort: à l’heure de l’instabilité mondiale, la géopolitique est devenue une variable électorale centrale — et Donald Trump, l’un de ses principaux catalyseurs.












