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Guerre en Ukraine: l'Europe a nettement réduit sa dépendance aux hydrocarbures russes

BFM Business Timothée Talbi avec AFP
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Au sein de l'Union européenne, les importations de gaz en provenance de Russie ont chuté à moins de 10% en 2023 alors qu'elles représentaient 46% du total en 2021.

Mardi 1er octobre, un nouveau terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) visant à réduire la dépendance énergétique de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie est entré en service dans le nord-est de la Grèce. Approvisionné en gaz des États-Unis, du Qatar et d'Égypte, le système peut en livrer en Bulgarie, en Roumanie, en Macédoine du Nord, en Serbie, en Moldavie, en Hongrie, en Slovaquie et en Ukraine.

Le groupe grec Gastrade évoque dans un communiqué "une initiative essentielle pour renforcer la sécurité énergétique de l’Europe du Sud-Est et centrale et son indépendance vis-à-vis du gaz naturel russe".

Malgré les multiples sanctions prises depuis le début de la guerre en Ukraine il y a plus de deux ans et demi, l'Union européenne continue d'importer des hydrocarbures russes. Mais cette part s'est nettement réduite en l'espace de quelques mois. En 2021, la Russie pesait 23% dans les importations européennes de pétrole et même 46% dans celles de gaz. L'année dernière, les importations de gaz de l'Union européenne en provenance de Russie ont chuté à moins de 10% alors que l'UE a dit vouloir s'affranchir de tout gaz naturel russe à l'horizon 2027.

Report sur le gaz naturel liquéfié

À la suite de l'invasion de l'Ukraine par Moscou et de la réduction drastique des approvisionnements russes, les Vingt-Sept avaient adopté en juin 2022 un cadre législatif les contraignant à atteindre collectivement un taux de remplissage de leurs stockages de gaz de 90% au 1er novembre de chaque année, avec pour objectif de renforcer leur autonomie énergétique et de réduire leur dépendance aux approvisionnements de gaz russe.

Une dépendance considérablement réduite depuis février 2022 et le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine, grâce au recours croissant au gaz naturel liquéfié (GNL) acheminée par bateau, principalement depuis les États-Unis, et à la montée en puissance de la Norvège en ce qui concerne l'approvisionnement par gazoduc, même si la Russie a continué à fournir du gaz à l'Europe via l'Ukraine. Le pays scandinave est devenu le plus gros fournisseur de gaz naturel de l'Europe dans le sillage de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. En 2023, l'Europe a importé 14,4 millions de tonnes de GNL russe selon un rapport du groupe international des importateurs de gaz liquéfié (GIIGNL).

"L'Allemagne était le principal importateur de gaz russe et a fait de gros investissements dans le GNL", indique Olivier Appert, conseiller du centre énergie de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Le 20 juin, les ambassadeurs des 27 États membres de l'UE ont approuvé un nouveau paquet "substantiel" de sanctions contre la Russie parmi lesquelles figure une interdiction du transbordement de GNL dans l'Union européenne. Cette mesure vise à entraver la logistique des exportations de gaz russe en provenance de l'Arctique, qui nécessite l'utilisation de méthaniers brise-glace pendant les mois d'hiver.

Ces navires livrent le GNL qu'ils transportent dans les ports européens avant que des méthaniers classiques l'acheminent vers le marché asiatique, en particulier la Chine. Ces nouvelles sanctions ne réduisent donc pas les volumes de gaz naturel fournis à l'UE, une condition considérée comme essentielle par certains pays, toujours très dépendants de ces livraisons russes.

La Slovaquie et l'Autriche encore très dépendantes du gaz russe

Depuis le sabotage de Nord Stream en septembre 2022 en mer Baltique, la Russie envoie son gaz vers l'Europe par deux routes. La première est le gazoduc Turkstream et son prolongement, Balkan Stream, sous la mer Noire, vers la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie. Le second itinéraire traverse l'Ukraine jusqu'à la Slovaquie, qui en est l'un des principaux bénéficiaires, aux côtés de la Hongrie, l'Autriche et l'Italie. Le transit de gaz russe vers l'Europe via l'Ukraine a chuté de près de deux tiers par rapport à 2021 pour atteindre 14,65 milliards de mètres cubes en 2023, soit un peu moins de la moitié des exportations totales de gaz russe vers l'Europe, selon des chiffres officiels.

À la fin du mois d'août, Kiev a annoncé son intention de ne pas renouveler le contrat la liant jusqu'au 31 décembre à Moscou pour faire transiter le gaz russe vers l'Europe via son réseau étendu de gazoducs. Le contrat entre les compagnies ukrainiennes Natfogaz et GTSOU avec Gazprom avait été signé fin 2019 pour une période de cinq ans, jusqu'au 31 décembre 2024. L'Union européenne assure que les pays impactés par la fin du contrat ont "d'autres solutions d'approvisionnement".

L'Italie pourrait par exemple acheter plus de gaz à l'Algérie, mais la Slovaquie, elle, de par sa position géographique, n'a pas d'alternative évidente. La part du gaz russe dans les importations de Bratislava s'élevait toujours à 69% en 2023, et environ 60% pour l'Autriche, selon l'UE.

Début juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait indiqué que son pays était en discussion avec l'Azerbaïdjan, gros producteur de gaz naturel, pour remplacer le gaz russe transitant par l'Ukraine vers l'Europe par du gaz azerbaïdjanais. Or, l'Ukraine n'a pas de frontière commune avec l'Azerbaïdjan, et le gaz azerbaïdjanais devrait toujours être acheminé par gazoduc via la Russie. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a révélé fin juillet que l'UE et Kiev l'avaient "approché" pour "faciliter" les discussions avec Moscou et parvenir à un accord qui conviendrait à toutes les parties.

L'approvisionnement de la Hongrie en pétrole russe entravé par Kiev

Concernant le pétrole, l'UE a interdit depuis 2022 la plupart des importations en provenance de Russie. "Les exportations de brut vers les pays de l'OCDE ont baissé de 4,3 millions de barils par jour, ce qui représente la moitié de la production quotidienne russe, mais Moscou se rattrape avec la Chine, l'Inde ou encore la Turquie", explique Olivier Appert.

Sur le Vieux Continent, l'oléoduc Droujba a été initialement exempté de cette interdiction, avant que Bruxelles ne bannisse au printemps 2023 l'approvisionnement en or noir de l'Allemagne et de la Pologne via cette infrastructure. Or, les relations entre Kiev d'un côté, et Budapest et Bratislava de l'autre, se sont de nouveau tendues depuis que les deux pays d'Europe centrale ont accusé fin juillet les autorités ukrainiennes d'entraver le transit du pétrole du géant russe Loukoïl qui leur est destiné, l'entreprise étant désormais visée par de nouvelles sanctions de Kiev. A titre d'exemple, Loukoïl fournit un tiers des importations hongroises de pétrole.

La Hongrie du Premier ministre Viktor Orban, proche de Vladimir Poutine, et la Slovaquie, très dépendante en pétrole russe, s'étaient ainsi tournées vers Bruxelles pour régler ce différend, mais la Commission européenne a dit ne pas trouver "justifiée" leur demande de "consultations urgentes". Le 9 septembre, la compagnie pétrolière nationale hongroise MOL a annoncé avoir conclu "des accords avec les fournisseurs de pétrole et des opérateurs" de l'oléoduc Droujba "pour sécuriser le transport vers la Hongrie et la Slovaquie".

La République tchèque, de son côté, a récemment investi dans le projet d'extension de l'oléoduc TAL, qui part du nord de l'Italie vers le sud de l'Allemagne, pour s'affranchir de la dépendance au pétrole russe.