Le premier exportateur de pétrole à Cuba? La présidente mexicaine assure que son pays est seulement devenu un "fournisseur important" de l'île alors que les approvisionnements du Venezuela dégringolent

La présidente Claudia Sheinbaum a annoncé ce mercredi 7 janvier que le Mexique devient désormais "un fournisseur important" de pétrole à Cuba, en réponse à la crise au Venezuela qui approvisionnait l'île caribéenne en vertu d'un accord de coopération.
Les Etats-Unis avaient annoncé fin décembre, avant la capture du président Nicolas Maduro samedi à Caracas, la mise en place d'un blocus naval autour du Venezuela contre des pétroliers selon eux sous sanctions.
Avant un nouveau pétrolier saisi mercredi, battant pavillon russe, poursuivi depuis plusieurs jours par les garde-côtes américains, Washington avait déjà saisi deux pétroliers, soupçonnés par Washington de transporter du pétrole vénézuélien soumis à des sanctions, dont un à destination de Cuba.
Pas "plus de pétrole" que ce qui était "envoyé historiquement"
Un article du quotidien britannique Financial Times indique qu'en 2025 les livraisons de pétrole mexicain à Cuba ont dépassé celles du Venezuela, selon les données de l'industrie. Une information qui n'a pas pu être vérifiée de manière indépendante. Interrogée à ce sujet, Claudia Sheinbaum a déclaré qu'au vu de la crise que traverse le Venezuela, "le Mexique devient évidemment un fournisseur important", précisant que le pays n'expédiait pas à Cuba "plus de pétrole qu'il n'en avait envoyé historiquement".
Selon le Financial Times, le Mexique a exporté en moyenne 12.284 barils de pétrole par jour (bpj) vers Cuba l'année dernière, soit 56% de plus qu'en 2024. Le Mexique représenterait en outre 44% des importations totales de l'île. A l'inverse, les exportations du Venezuela vers Cuba auraient été stables l'an dernier mais en retrait de 63% par rapport à 2023, à 9.528 barils par jour. Le Venezuela a en effet été particulièrement fragilisé par les sanctions américaines et l'embargo de Trump instauré en 2019.
Des envois effectifs depuis "de nombreuses années"
La présidente de gauche a ajouté que les envois de brut vers Cuba étaient effectifs depuis "de nombreuses années" et pour "diverses raisons", dans le cadre contrats d'exportation, mais aussi à titre "d'aide humanitaire". Elle a dit avoir demandé à l'entreprise pétrolière publique Pemex de lui fournir des chiffres détaillés. Le gouvernement mexicain refuse habituellement de rendre publics les contrats pétroliers avec La Havane ainsi que la manière dont ils sont rémunérés.
A partir de 2000, Cuba a signé un accord de coopération avec le Venezuela du président Hugo Chavez (1999-2013), prévoyant un approvisionnement en pétrole contre l'envoi de médecins et d'enseignants. Mais les Etats-Unis ont saisi le 10 décembre dans les Caraïbes un navire transportant du pétrole vénézuélien à destination de Cuba. Ce pays a dénoncé l'"impact direct" que cela aurait sur son système énergétique, très largement dépendant des combustibles fossiles.
Ce blocus, imposé contre des pétroliers considérés comme étant sous sanctions, constitue selon des experts des droits de l'Homme de l'ONU "un usage interdit de la force militaire" contre un autre Etat.
Le Mexique doit "se ressasir"
Les chiffres relayés par le Financial Times risquent de ne pas plaire au président américain qui a déjà Cuba dans sa ligne de mire et alors qu'il a indiqué dimanche que le Mexique devait "se ressaisir", après des mois de pression sur le voisin du sud sur les questions de lutte contre le narcotrafic et de balance commerciale.
Le locataire de la Maison Blanche avait également indiqué avoir exhorté la présidente mexicaine à laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre les cartels de la drogue qui opèrent au Mexique, une proposition qu'elle avait déjà rejetée par le passé, avait-t-il dit. L'Amérique "n'appartient à aucune doctrine ni à aucune puissance", a affirmé lundi la présidente du Mexique.













