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"L'hémorragie ne s'est pas enrayée": 50.000 emplois détruits en 2024, 54.000 en 2025... Les équipementiers automobiles européens traversent une période plus terrible que durant le Covid

BFM Business Julien Bonnet
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Après 54.000 emplois en moins en 2024 et 50.000 l'an dernier, les équipementiers automobiles souffrent d'une demande automobile en berne en Europe depuis le Covid et d'une concurrence chinoise trop forte.

Un secteur automobile qui n'a toujours par retrouvé son niveau d'avant pandémie et qui subit de plein fouet la concurrence chinoise: c'est le tableau dressé par la principale association qui représente les équipementiers en Europe. Au total, ce sont plus de 100.000 emplois qui ont été perdus en seulement deux ans, d'après des chiffres du Clepa (Comité de liaison européen des fabricants d'équipements et de pièces automobiles) repris dans un article du Financial Times publié ce mardi 13 janvier.

Contexte plus difficile que pendant "les années covid"

Au total, les différents fournisseurs du secteur automobile en Europe ont perdu près de 50.000 emplois en 2025, après 54.000 autres l'année précédente.

"Avec plus de 100.000 suppressions de postes annoncées ces deux dernières années, la situation est tout à fait inédite… l'hémorragie ne s'est pas enrayée", a réagi Benjamin Krieger, secrétaire général de la Clepa au quotidien économique.

Un contexte plus difficile que pendant la période du Covid, lorsque le secteur avait perdu 53.700 emplois sur les années 2020 et 2021, estime l'association.

Depuis, le marché n'a pas retrouvé son niveau de 2019, avec 15,7 millions de voitures neuves écoulées en Europe cette année-là. Les chiffres définitifs n'ont pas encore été communiqués pour 2025, mais, pour se rendre compte, on était à seulement 12,9 millions d'unités en 2024.

Un label "made in EU" en réflexion

La concurrence chinoise, qui repose principalement sur des véhicules importés, malgré les projets d'implantations locales, n'arrange pas les choses, avec des conséquences importantes pour les fournisseurs en Europe.

Les dernières annonces des équipementiers s'inscrivent dans cette tendance: en septembre, le numéro un mondial, Bosch, avait annoncé la suppression de 13.000 postes d'ici à 2030. Même contexte chez Valeo, Forvia, Aumovio (le nom de la division automobile de Continental) ou encore Shaeffler, qui avaient annoncé en 2024 des réductions d'effectifs à venir.

"Il faut s'attendre à une vague de consolidations dans les deux à trois ans à venir, avec des ajustements de capacités", explique au FT le dirigeant de Mahle, un équipementier basé à Stuttgart.

Le directeur général du français Valeo, Christophe Périllat, avait de son côté évoqué en novembre dernier une "transformation darwinienne" de l'industrie, réclamant des mesure de protection de l'emploi à Bruxelles. Sous peine de voir la situation se dégrader encore davantage. L'idée serait notamment de mettre en place un label "made in EU" en fixant un seuil minimum de pièces détachées produites en Europe dans les véhicules qui y sont produits, à 75% par exemple a proposé l'équipementier français.

Mais les constructeurs n'y seraient pas favorables, avec la crainte de perdre en compétitivité si cette contrainte supplémentaire à se fournir obligatoirement en Europe se confirmait, ce qu'avait notamment exprimé le patron de Renault. La Commission européeene doit préciser ce futur cadre fin janvier.