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"Il utilise des méthodes purement mafieuses": les diplomates européens sous le choc après les menaces de Trump et prêts à taxer 93 milliards d'euros de produits américains

BFM Business Olivier Chicheportiche
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Sur France Inter ce lundi, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, affirme que l'accord signé l'an passé par la Commission avec les États-Unis sera "caduc" si l'administration Trump met ses dernières menaces à exécution. L’UE envisage d’activer son instrument anti-coercition, voire de rétablir de lourds droits de douane contre les États-Unis.

Nouvelle escalade entre l'Union européenne et les États-Unis. Samedi, le président américain a menacé huit pays de droits de douane supplémentaires s'ils n'acceptaient pas son plan d'annexion du Groenland. Et l'Europe pourrait lui dégainer le "bazooka commercial" comme le souhaite Emmanuel Macron, l'instrument anti-coercition (dont on vous explique le fonctionnement ici) que les 27 avaient refusé d'activer en juillet dernier pour ne pas envenimer la situation.

Sur France Inter ce lundi, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne à la Prospérité et à la Stratégie industrielle, souligne que la menace américaine constitue "un cas d'école" pour appliquer ce dispositif qui a valeur de "dissuasion qui doit éviter l'application de ces droits de douane".

Mais le responsable veut aller plus loin avec notamment la réactivation d'un paquet de droits de douane supplémentaire de 93 milliards d'euros sur l'économie américaine envisagé lors des premières menaces américaines contre l'Union européenne l'an passé. "Nous avions gelé ce dispositif (car) nous avons eu un accord avec les Américains. Ces droits de douane ont été votés par le Conseil européen et donc, évidemment, c'est un des dispositifs que nous avons sous la main pour riposter".

Par ailleurs, pour Stéphane Séjourné, l'accord signé l'an passé par la Commission avec les Etats-Unis sera "caduc" si l'administration Trump met ses dernières menaces à exécution.

"Si je regarde l'ensemble des déclarations des groupes au Parlement européen, aujourd'hui, cet accord est caduc. Si les droits de douane venaient à être confirmés, je considère cet accord caduc, il n'y aura pas de majorité au Parlement européen" pour ratifier cet accord initial.

Reste à savoir si l'Union européenne est capable d'imposer ses vues. "Nous avons besoin d'unité, de patriotisme européen et l'an passé, l'unité nous a fait défaut. Il faut un langage de la force, il faut tenir compte de ce qui nous a manqué pour avoir des résultats plus probants".

Donald Trump a annoncé vouloir imposer dès le 1er février des droits de douane de 10% contre plusieurs pays européens, le Royaume-Uni et la Norvège, dans un contexte de tensions autour du Groenland.

"La carotte et le bâton"

Un diplomate européen cité par le FT a dénoncé une stratégie agressive: "Si cela continue, nous disposons de moyens de représailles évidents… [Trump] utilise des méthodes purement mafieuses", tout en soulignant une approche mêlant fermeté et apaisement: "Parallèlement, nous appelons publiquement au calme et lui donnons l’occasion de faire marche arrière."

Il a résumé cette stratégie par "le message est… celui de la carotte et du bâton."

Les discussions se poursuivent en marge du forum de Davos, où Donald Trump doit rencontrer plusieurs dirigeants, dans l’espoir de trouver une issue avant l’échéance du 1er février. "Nous voulons coopérer, et ce n'est pas nous qui recherchons le conflit", a assuré la Première ministre danoise Mette Frederiksen.

Face à l’escalade, les responsables européens estiment que "les menaces de Trump justifient certainement l’intervention de l’ACI, car il s’agirait d’un cas typique de coercition", tout en laissant ouverte une possible sortie de crise: "Mais nous devons profiter de la période jusqu’au 1er février pour voir si Trump est intéressé par une porte de sortie".

Alors que Washington maintient sa pression, l’UE affirme sa ligne rouge, Ursula von der Leyen rappelant que l’Europe "resterait ferme dans son engagement à défendre la souveraineté du Groenland et du Royaume du Danemark", tandis que le président du Conseil européen, António Costa a prévenu que l’Union était prête à "se défendre contre toute forme de coercition".