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"Le pétrole russe reste un pilier pour l'Inde": Modi pourrait céder aux pressions de Trump mais cela aura un coût important

BFM Business P.La. avec AFP
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Les sanctions imposées par Donald Trump et les droits de douane élevés pourraient finir par détourner l'Inde du pétrole russe bon marché. Les raffineurs peuvent s'adapter mais cela fera inévitablement grimper le prix des importations.

Les raffineurs indiens sont capables de se détourner du pétrole russe après les sanctions imposées par Donald Trump aux deux plus grandes compagnies pétrolières de ce pays mais cela aura un prix, ont souligné vendredi 24 octobre des analystes. Cette semaine, le président américain a affirmé que le Premier ministre Narendra a accepté d'arrêter les importations de pétrole russe, dans le cadre de l'accord commercial en cours de négociations. L'Inde n'a ni confirmé ni démenti ses propos.

Les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis fin août, quand l'hôte de la Maison Blanche a imposé une surtaxe de 50% sur l'ensemble des exportations indiennes. Le président américain a maintes fois reproché à l'Inde de financer la guerre en Ukraine à travers ses achats de pétrole à la Russie. Vendredi, ni le ministère indien des Affaires Etrangères ni celui du Pétrole, pas plus que les principaux raffineurs n'avaient réagi aux sanctions annoncées par Washington contre les géants russes.

"Le point crucial est de savoir dans quelle mesure Narendra Modi cédera à la volonté américaine," a déclaré Jorge Montepeque d'ONYX Capital.

"Les premières réactions ont montré que les compagnies pétrolières publiques faisaient preuve d'une grande prudence. Tout réajustement signifie... payer plus cher pour du brut alternatif", a souligné Jorge Montepeque. Les prix du pétrole ont bondi de plus de 5% après l'annonce des sanctions américaines. Selon lui, l'une des régions d'approvisionnement pourrait être "le Moyen-Orient et les prix augmentent rapidement". Le conglomérat indien Reliance Industries, principal acheteur privé de pétrole brut russe, a indiqué que ses déclarations concernant une "recalibration" des achats pour se conformer aux directives gouvernementales ont été faites avant les sanctions américaines annoncées mercredi.

Une orientation vers Moscou depuis 2022

L'Inde, un des plus gros consommateurs mondiaux de pétrole, importe de l'étranger 85% de ses besoins. Ses fournisseurs traditionnels se trouvaient au Moyen-Orient, mais en 2022, au début de la guerre en Ukraine, l'Inde s'est tournée vers la Russie pour acheter du brut à prix réduit et les importations en provenance de ce pays ont bondi. La Chine et l'Inde sont devenus les principaux clients de Moscou.

Selon la plateforme d'informations commerciales Kpler, New Delhi a importé en septembre autour de 1,6 million de barils de brut russe par jour. Dans une note en date du 21 octobre, soit juste avant les sanctions annoncées par Washington, Kpler a affirmé que les aspects économiques étaient "convaincants". "Les barils russes restent profondément ancrés dans le système énergétique indien pour des raisons économiques, contractuelles et stratégiques", a-t-il déclaré.

"Le pétrole brut russe demeure un pilier structurel pour l'Inde, représentant environ 34% de ses importations totales. Les rabais proposés sont si avantageux que les raffineurs ne peuvent pas les ignorer".

Les analystes estiment cependant qu'il ne sera pas techniquement difficile pour les raffineurs indiens de s'adapter. "Ils peuvent facilement s'en détourner si nécessaire, le compromis porterait principalement une pression sur les marges de raffinage", a déclaré Vandana Hari, analyste du marché pétrolier basée à Singapour. "La facture des importations grimpera", selon elle.

Un accord commercial qui pourrait compenser

Par ailleurs, une roupie indienne plus faible "vient s'ajouter au fardeau" économique, même si "le choc ne sera pas aussi important qu'il aurait pu l'être si le baril de brut s'échangeait à 70 ou 80 dollars". Les États-Unis sont le principal partenaire commercial de l'Inde mais les deux pays n'ont toujours pas conclu d'accord.

Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a déclaré jeudi, dans des propos rapportés par les médias d'État, que les négociations avec Washington "progressent" et espérer un "accord juste et équitable dans un avenir proche". Selon des analystes de Nomura, une hausse des prix du pétrole pourrait être compensée par un accord commercial.

"Nous pensons que les coûts à court terme liés à une réorientation des importations de pétrole hors de Russie devraient être largement compensés par les bénéfices d'une réduction des droits de douane américains", ont-ils estimé vendredi.