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L'UE a coupé le pétrole russe, va le faire pour le gaz mais importe toujours pour 1 milliard d'euros d'uranium: Bruxelles n'a pas prévu d'y renoncer à cause de la France qui achète à Moscou 18% de son uranium

BFM Business Frédéric Bianchi avec AFP
Rosatom est l'agence d'énergie atomique russe (illustration)

Rosatom est l'agence d'énergie atomique russe (illustration) - ERIC PIERMONT / AFP

La Commission européenne refuse pour l’instant de fixer un calendrier d’interdiction des importations nucléaires russes, un dossier sensible notamment pour la France, encore dépendante à 18 % de l’uranium russe, alors que l’UE cherche à réduire totalement sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

La Commission européenne n'a pas voulu s'engager mercredi sur un calendrier d'interdiction des importations nucléaires russes, objet de tractations délicates avec certains pays, en particulier la France.

L'Union européenne voudrait devenir totalement indépendante de l'énergie russe, pour priver Moscou d'une manne qui finance la guerre en Ukraine.

Les Européens ont déjà adopté une interdiction du gaz russe à l'automne 2027. Mais le calendrier demeure incertain pour le pétrole russe, encore utilisé en Hongrie et en Slovaquie, et pour le secteur nucléaire. L'UE reste par ailleurs le plus grand acheteur de gaz naturel liquéfié (GNL) russe, représentant près de la moitié (49%) des exportations totales de GNL de la Russie en décembre 2025.

"En ce qui concerne le nucléaire, certains États membres dépendent toujours du combustible russe, et nous devons nous assurer que nous disposons de sources alternatives. Dès que ce sera le cas, bien sûr en étroite concertation avec les États membres concernés, je présenterai la proposition", a déclaré le commissaire européen à l'énergie Dan Jorgensen lors d'un entretien avec la presse.

"Nous étudions les différentes conséquences possibles si nous arrêtons ou lorsque nous arrêterons d'importer du combustible nucléaire" russe.

La Russie c'est 18% des importations françaises d'uranium

"Il ne s'agit pas d'une importation importante, elle représente environ 1 milliard d'euros par an, mais dans l'esprit de notre volonté de devenir 100 % indépendants, cela doit également se faire", a-t-il souligné.

Le sujet est particulièrement sensible pour la France, qui ne veut pas affaiblir sa filière nucléaire.

L'organisation environnementale Greenpeace a dénoncé mercredi dans un nouveau rapport la poursuite du commerce nucléaire entre Paris et Moscou, près de quatre ans après l'invasion de l'Ukraine.

Ni la France ni l'UE n'ont "mis fin à leurs relations commerciales avec Rosatom", le géant nucléaire public russe, critique cette ONG.

"La France continue à importer de l'uranium enrichi russe, que ce soit sous forme d'uranium naturel enrichi ou d'uranium de retraitement (uranium recyclé, ndlr) ré-enrichi (URE)", à hauteur de 18% du total de ces importations, selon cette étude basée sur l'analyse des chiffres des Douanes françaises, à fin septembre 2025.

La France importe la totalité de l'uranium nécessaire au fonctionnement de son parc nucléaire, qui a assuré plus de 86% de la production électrique d'EDF dans le pays en 2024, selon cet opérateur.

L'uranium naturel doit être converti puis enrichi pour être transformé en combustible pour les centrales nucléaires. La France dispose d'une usine d'enrichissement, au Tricastin (Drôme), gérée par Orano.