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"On s'est battus et ça a marché!": mobilisés devant le Parlement européen à Strasbourg, des agriculteurs se réjouissent de la saisine de la justice européenne sur l'accord UE-Mercosur

BFM Business J. Br. avec AFP
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Mobilisés devant le Parlement européen pour faire entendre leur opposition à l'accord UE-Mercosur, des agriculteurs ont célébré le vote des eurodéputés en faveur d'une saisie de la Cour de justice de l'UE sur le texte.

Des yeux brillant d'émotion, des hourras: des centaines d'agriculteurs ont laissé éclaté leur joie mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg après le vote des eurodéputés visant à saisir la justice sur l'accord commercial signé avec le Mercosur. "C'est un peu l'euphorie", résume Romain Blanchard, 44 ans, qui produit du vin et des céréales dans les Bouches-du-Rhône.

"On s'est battus et ça a marché! Ça montre qu'il ne faut jamais baisser les bras", renchérit Sébastien Bertin, maraîcher de 32 ans, qui se dit "heureux".

À dix voix près, les eurodéputés ont accédé à leur demande de solliciter la Cour de justice de l'UE. "Ça s'est joué à pas grand-chose", reconnaît Romain Blanchard, visiblement éprouvé par la mobilisation. "On a fait neuf heures de route, on laisse nos fermes, nos familles pour être là", raconte l'agriculteur. Mercredi matin, dans l'attente du vote, des enfants faisaient la course sur leurs modèles réduits de tracteurs tandis que leurs parents se réchauffaient en buvant un verre de vin chaud. Un calme soudain rompu par des cris de joie et des coups de klaxon à l'annonce du résultat du vote.

"Nous avons gagné avec 334 voix contre 324!" s'exclame au micro Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, le puissant syndicat agricole français, à l'initiative de la mobilisation. "OUAIIIIIS!" lui répondent les manifestants dans un tonnerre d'applaudissements. "C'est une victoire syndicale énorme, bravo!", crie Hervé Lapie, visiblement ému.

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"Putain je suis content!", exulte à ses côtés sur le podium Quentin Le Guillous, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs, syndicat allié de la FNSEA. "Ce soir, je rentre, je fais la bise à tout le monde et je vais dire à mes gamins 'je l'ai eue, on l'a eue, on peut être fiers'", avance-t-il. L'excitation retombée, le syndicaliste se félicite que les manifestants aient "réussi à se faire entendre". "Ça va faire du bien au moral des agriculteurs" qui "s'étaient unis" dans ce combat, assure-t-il.

Vers une application provisoire?

Plus de 5.000 manifestants de toute l'Europe, notamment de France, d'Italie et de Belgique, étaient arrivés mardi devant le Parlement européen à Strasbourg, à bord de centaines de tracteurs faisant retentir leurs klaxons. Ils avaient laissé éclater leur colère contre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, huée par la foule et caricaturée sur des banderoles.

Les manifestants accusent Bruxelles d'avoir sacrifié l'agriculture européenne en signant samedi au Paraguay l'accord commercial avec le Mercosur, qui crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l'Union européenne, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Ce traité doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, volailles, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce que les agriculteurs voient d'un très mauvais œil.

Alice Avisse, agricultrice en polyculture dans l'Oise, redoute "des importations excessives qui vont venir déstabiliser notre marché parce que ce n'est pas le même prix, pas les mêmes conditions de production" qu'en Europe. Le vote de mercredi était une "victoire compliquée à obtenir" et "ce n'est qu'une petite bataille pour une grande guerre", relativise-t-elle. Elle espère maintenant "qu'on renégocie les termes" de cet accord.

La saisine de la justice bloque en théorie le processus de ratification de l'accord commercial pendant plusieurs mois. Dans l'intervalle, la Commission européenne a toutefois la possibilité de l'appliquer à titre provisoire si elle le souhaite. Malgré sa "grande satisfaction", Christophe Chambon, secrétaire général adjoint de la FNSEA, souligne que "c'est un début de victoire. Et nous allons continuer maintenant de mener ce combat" pour "voir disparaître" cet accord commercial "qui va vraiment contre l'agriculture française et contre l'alimentation".