Un bilan figé sans influence sur l'évolution de carrière et le salaire: 41% des salariés en ont assez de cet entretien annuel "inutile"

Une heure, parfois deux ou trois, de perdues? Parmi les salariés ayant eu un entretien annuel au cours des trois dernières années, 41% jugent que l’exercice est inutile et n’a aucune incidence réelle sur leur évolution professionnelle, selon un sondage réalisé par l'Ifop pour la plateforme de paie et de ressources humaines Deel.
"Ce scepticisme est encore plus flagrant chez les 35 ans et plus, révélant peut-être une fatigue liée à l’exercice", développe l'étude.
Les trois-quarts des salariés rapportent avoir eu un entretien annuel au cours de l’année écoulée. Pour certains, il s'agit d'un (ennuyeux) rituel administratif plutôt qu’un levier de progression puisque 43% d’entre eux ressentent de l’indifférence à l’approche du rendez-vous.
Un entretien trop normé...
Ce n'est certes pas une majorité, mais le chiffre est suffisamment élevé pour se poser la question de la pertinence de ce dispositif. "Ce désintérêt traduit une fatigue vis-à-vis des formats RH descendants et trop normés, dans un monde du travail où la recherche de sens et d’écoute active prime sur la notation", estime Jeremy Mimoun.
"L’entretien annuel s’est banalisé au point de devenir un passage obligé plus qu’un vrai outil de développement", poursuit-il.
Si un minimum de structure peut aider à diriger la conversation, répondre fastidieusement à des dizaines de questions et remplir des cases peut en effet vite devenir barbant, pour le salarié comme pour le manager.
Alors que demandent concrètement les salariés lors de leur entretien annuel?
- 58% veulent une reconnaissance financière
- 55% attendent une écoute réelle et une prise en compte de leurs remarques
- 43% souhaitent des objectifs stimulants
- 38% demandent un accès renforcé à la formation et au développement des compétences (un souhait plus marqué chez les moins de 35 ans avec 43%)
Une nouvelle méthode "360°" ?
Un autre écueil est également mis en avant dans le sondage: un tiers (33%) des salariés ne font pas confiance à leur manager pour évaluer leur performance et 18% préconisent la possibilité d’inclure d’autres personnes que le manager direct. L'étude estime d'ailleurs que les managers font eux-mêmes face à "des exigences de performance" et ont parfois du mal "à trouver la juste posture".
Pour lutter contre la subjectivité de l'entretien annuel, le cabinet Ekilibre, spécialisé en conseil en management et en ressources humaines, met en avant une autre méthode baptisée “360° Feedback”. Elle consiste à solliciter d'autres acteurs, comme des collègues voire des partenaires ou des clients, pour recueillir leur feedback sur les compétences du salarié, en amont de l'entretien. Attention toutefois, il s'agit de respecter un cadre éthique clair, notamment en termes de confidentialité.
Privilégiez les retours tout au long de l'année
Mais même cette méthode innovante semble rencontrer des limites auprès des salariés. Interrogés sur les nouvelles formes que pourraient prendre l’entretien annuel, 34% des salariés préféreraient recevoir des feedbacks en continu, au fil de l’année, plutôt qu’un entretien unique. 27% attendent une discussion plus constructive et moins centrée sur l’évaluation.
"Les salariés attendent aujourd’hui un dialogue continu, pas un bilan figé une fois par an", souligne Jeremy Mimoun.
D'autant que ce mode d'évaluation a le désavantage de sa périodicité: "Un rendez-vous annuel, à des périodes fixes, peut avoir des effets regrettables sur le comportement du collaborateur, surengagé dans les mois précédant l’entretien pour obtenir une évaluation positive et moins engagé dans la période suivante", pointe également Jean-Marie Peretti, chercheur en ressources humaines et professeur à l'ESSEC Business School, auprès de L'Express.
L'évaluation et les conseils peuvent en effet se distiller au fur et à mesure, tout au long de l'année, et surtout en prenant appui sur des situations concrètes (bien souvent oubliées lors d'un rendez-vous annuel). Mais alors dans ce contexte, le maintien d'un entretien annuel est-il pertinent? On peut dire qu'il a au moins le mérite, dans les entreprises où le dialogue n'est pas de mise, de créer les conditions d'un échange formel. Une occasion aussi de sortir la tête du guidon pour s'interroger, faire le point et se projeter sur ses envies et ses perspectives d'évolution.












