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EDITO. Deux mesures étaient absentes du calcul initial: à peine voté avec un très gros déficit, le budget de la Sécu dérape déjà

BFM Business Raphaël Legendre
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Le Haut Conseil au financement de la protection sociale tire la sonette d'alarme: le budget de la Sécu "est bien loin de l’ambition de tracer un chemin de retour à l’équilibre". Pire, il dérape déjà

Le budget de la Sécurité sociale n’aura pas tenu deux mois. À peine voté, il est déjà obsolète.

C'est le très officiel Haut Conseil au financement de la protection sociale qui tire la sonnette d'alarme ce matin. Dans son rapport sur l’état des comptes sociaux, l’institution pointe un oubli gênant: deux mesures absentes des calculs initiaux, mais bien réelles dans leurs effets budgétaires.

Résultat: entre 700 et 800 millions d’euros de déficit supplémentaires. Presque une broutille… sauf quand on était déjà dans le rouge cramoisi.

Première surprise: le nouveau congé parental. Prévu pour 2027, il entre finalement en vigueur dès janvier, après l’adoption in extremis d’un amendement porté par La France insoumise. Coût estimé: 200 à 300 millions d’euros en année pleine. Non provisionnés. Non anticipés. Mais bien réels.

L’Edito de Raphaël Legendre : À peine voté, le budget de la Sécu dérape déjà - 29/01
L’Edito de Raphaël Legendre : À peine voté, le budget de la Sécu dérape déjà - 29/01
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On pourrait imaginer un gouvernement furieux. Sauf que l’exécutif n’est pas en reste. À peine le budget voté, il a lui-même fait sauter ses propres hypothèses en annonçant une baisse de la facture d’électricité. 540 millions d’euros de pouvoir d’achat rendus aux Français, s’est félicité Roland Lescure. En clair: 10 à 12 euros par an et par ménage. Symbolique, mais coûteux.

Pourquoi ? Parce que cette baisse passe par une diminution de la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), une taxe qui finance la caisse de retraite des industries électriques et gazières — EDF, Engie, RTE. Moins de taxe, donc moins de recettes. Et qui comble le trou? La Sécurité sociale. Autrement dit: vous, moi, tout le monde. Avec, au passage, un petit coup de pouce indirect aux régimes spéciaux.

Un budget caduc

Au final, rien que sur les retraites, le déficit pourrait frôler les 5 milliards d’euros cette année. Et la suspension de la réforme des retraites n’arrange évidemment rien. Coût immédiat : 300 millions d’euros supplémentaires cette année. L’an prochain : près de 2 milliards. Non financés. Car la désindexation des pensions, censée compenser, a disparu du paysage, comme la plupart des efforts budgétaires.

Le bilan est limpide: ce budget de la Sécu repose quasi exclusivement sur des hausses de prélèvements. Les recettes ont été multipliées par trois — de 2,1 à 6,6 milliards d’euros — pendant que les économies fondaient, de 9,1 à 2,7 milliards.

Tout ça pour quoi? Pour un budget voté il y a moins de deux mois, déjà caduc. Comme le déplore le Haut Conseil au financement de la protection sociale, on "est bien loin de l’ambition de tracer un chemin de retour à l’équilibre".