"Aucune raison valable d'abandonner notre monnaie": économie la plus performante de l'UE avec 3,2% de croissance, la Pologne ne veut pas de l'euro (et de toute façon elle ne pourrait pas l'avoir)

Elle fait partie des six pays de l'UE qui n'ont toujours pas adopté l'euro. Et la Pologne n'envisage pas de le faire de si tôt. "Je ne vois aucune raison valable d'abandonner notre monnaie", a clairement expliqué Andrzej Domański, le ministre des Finances, au Financial Times ce week-end.
"Il y a deux ans, j’étais quelque peu inquiet que la Pologne puisse se retrouver à la traîne dans une Union européenne à deux vitesses. Mais aujourd’hui, la Pologne figure clairement parmi les pays les plus performants sur le plan économique", a poursuivi le ministre.
La Pologne est en effet l'économie la plus dynamique d'Europe et affiche une croissance très nettement supérieure à la moyenne de la zone euro (3,2% en 2025 contre 1,3%), selon les chiffres de la Commission. Et en vingt ans, le PIB par habitant y a doublé, jusqu'à frôler celui du Japon en parité de pouvoir d'achat, tout en conservant une monnaie nationale, le zloty (dont la valeur équivaut à 24 centimes d'euro).
Dès lors, Varsovie ne se presse pas d'entrer dans la zone euro, comme y sont en principe tenus tous les pays membres de l'Union européenne, la Bulgarie en étant le dernier exemple. En réalité, la Pologne ne pourrait de toute façon pas le faire. Son déficit public se situait l'an passé à 6,8% et excède donc très largement le plafond de 3% prévu par les règles européennes.
Mais cela va plus loin. Six Polonais sur dix sont hostiles à l'adoption de l'euro, selon un sondage publié fin décembre par le quotidien conservateur Rzeczpospolita. Traditionnellement défendu par le parti eurosceptique Droit et Justice (PiS), le maintien du zloty est soutenu aussi par la coalition libérale au pouvoir, menée par Donald Tusk.
"L’opinion publique est favorable au zloty, mais les principales raisons pour lesquelles nous ne travaillons pas actuellement à l’adoption de l’euro sont d’ordre économique et non politique", estime ainsi Andrzej Domański, le ministre des Finances.
"L'euro ne stimule pas la croissance"
En fait, les dirigeants polonais semblent convaincus qu'un passage à l'euro conduirait à freiner le développement économique du pays. Adam Glapiński, le gouverneur de la banque centrale polonaise (NBP), l'explique très directement dans un rapport particulièrement critique, publié l'an passé. "La zone euro ne constitue pas une zone monétaire optimale. (...) Il est impossible de mener une politique monétaire optimale pour toutes les économies de la zone euro simultanément", tranche-t-il.
"Les avantages supposés de l’adoption de la monnaie unique ne se sont pas concrétisés. L’euro ne stimule pas la croissance économique", estime Adam Glapiński, proche du PiS, en estimant que l'adoption de l'euro a été un échec pour l'Espagne ou le Portugal.
Le gouverneur de la NBP juge notamment que les taux d'intérêt fixés par la Banque centrale européenne se sont révélés trop faibles pour les pays d'Europe du Sud, entrainant "des périodes de forte croissance de la dette qui ont temporairement stimulé la croissance économique, mais qui, à long terme, ont abouti à une perte de compétitivité, une crise économique et une forte hausse du chômage".
Adam Glapiński insiste donc sur la nécessité pour la Pologne de bénéficier d'une politique monétaire nationale, et ainsi de pouvoir maintenir des taux d'intérêt durablement plus élevés que ceux de la Banque centrale européenne (de 2,3 points en moyenne depuis 2004) tout en étant capable d'ajuster les taux de change en cas de choc extérieur. Pour lui, l'indépendance monétaire de Varsovie lui a permis de mieux surmonter les dernières crises que d'autres pays membres de l'UE.
Ce n'est sans doute pas la seule raison. Depuis son adhésion à l'UE en 2004, la Pologne - qui peut s'appuyer sur une économie diversifiée, une industrie solide et un coût du travail faible - a été le principal bénéficiaire des fonds européens. Le pays a reçu 261 milliards d’euros pour une contribution de 86 milliards d'euros au budget de l'UE. À long terme, la Pologne sera durablement pénalisée par sa très faible natalité (1,03 enfant par femme).












