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"Je me demande sérieusement quel jeu il joue": les syndicats accusent le patronat d’être “hors sujet” car il veut faire plus d’économies sur l’assurance chômage que ce que demande le gouvernement

BFM Business Marine Cardot avec AFP
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Lors de la réunion des partenaires sociaux mercredi pour lancer la négociation sur les contrats courts et les ruptures conventionnelles, le patronat a exprimé la volonté de négocier sur l'assurance chômage bien au-delà de ces sujets, braquant ainsi les syndicats.

Toutes les organisations syndicales et patronales représentatives se sont retrouvées mercredi 7 janvier au siège de l'Unédic à Paris. Le gouvernement leur a donné pour objectif de trouver 400 millions d'euros d'économies sur les ruptures conventionnelles.

Les syndicats souhaitent, eux, également négocier sur les contrats courts, le dispositif actuel de bonus-malus qui leur est appliqué ne satisfaisant ni syndicats ni patronat. Mais, a expliqué le négociateur du Medef Hubert Mongon à l'issue de l'après-midi, le Medef souhaite mettre sur la table des sujets bien plus vastes, comme les conditions d'entrée et règles d'indemnisation de l'assurance chômage et ses régimes spécifiques. Quelques semaines plus tôt, le patronat avait même affiché sa volonté d'économiser un milliard (bien plus que les 400 millions demandés). De quoi braquer les syndicats.

La CGT accuse le patronat de "bordéliser" la discussion

Le patronat a fait le choix de "bordéliser" la discussion, s'est indigné le négociateur de la CGT Denis Gravouil, disant ne pas avoir l'intention d'ouvrir la discussion sur tous ces sujets après le "saccage" déjà connu ces dernières années des droits des chômeurs. La CFDT a trouvé le patronat "plutôt hors sujet sur quasiment tout le temps de la séance", selon son secrétaire national Olivier Guivarch. "Je me demande sérieusement quel jeu joue le patronat", s'est interrogé Michel Beaugas de FO, qui soupçonne le Medef de souhaiter une absence d'accord pour que le gouvernement reprenne la main.

"Si cette négociation ne devait pas aboutir dans ces délais, au regard du contexte dégradé des finances publiques, le gouvernement serait conduit à prendre à nouveau ses responsabilités", avertissait fin novembre le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou.

Le calendrier établi mercredi par les partenaires sociaux fixe la conclusion de la négociation sur les ruptures conventionnelles - et peut-être plus largement l'assurance chômage - au 25 février et de celles sur les contrats courts au 19 mars.

Des "abus" sur les ruptures conventionnelles?

Le régime de l'assurance chômage est piloté par l'Unédic, un organisme paritaire, mais depuis 2018 le gouvernement fixe des objectifs à la négociation dans une lettre de cadrage et, faute d'accord, l'État fixe les règles par décret.

Le gouvernement dénonce ces derniers mois les "abus" auquel le dispositif des ruptures conventionnelles - créé en 2008 et qui permet à un salarié et un employeur de rompre un CDI à l'amiable et au salarié de toucher des allocations chômage - donnerait lieu. D'après l'Unédic, en 2024, les dépenses d'allocations chômage liées à ces ruptures ont atteint 9,4 milliards d'euros, soit 26% du total.

Quant au bonus-malus sur les contrats courts, un dispositif qui ne joue qu'un "rôle limité" dans le recours aux contrats courts selon une étude de l'Unédic, le patronat souhaite le voir disparaître. L'avenant signé en juillet (sauf par la CGT et la CFE-CGC) réduisait sa portée.