Malgré un niveau de pessimisme rarement vu chez les consommateurs, la croissance française fait mieux que résister: elle devrait atteindre 0,9% en 2025 et continuer sur sa lancée l'année prochaine

La croissance devrait atteindre 0,9% cette année - -
Sans être spectaculaire, le tableau est nettement plus favorable que celui présenté il y a encore quelques mois. En dépit de la crise politique, des droits de douane de Donald Trump et des tensions géopolitiques, la croissance française devrait atteindre 0,9% en 2025 (après 1,1% en 2024), selon l'Insee, soit 0,1 point de plus que la dernière prévision en septembre, qui avait elle-même déjà été relevée de 0,2 point.
"Malgré les incertitudes, l'économie française est bel et bien montée à bord de la reprise européenne", résume Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l'Insee.
"Regain d'optimisme" chez les entreprises mais pas chez les ménages
Après une croissance inattendue de 0,5% au troisième trimestre, principalement portée par les exportations aéronautiques, le PIB tricolore devrait encore croître de 0,2% sur les trois derniers mois de l'année, notamment grâce à la reprise de l'investissement des entreprises (+0,8% au 3ème trimestre, +0,5% au 4ème) qui s'observe partout en Europe.
Chef de la division synthèse conjoncturelle à l'Insee, Clément Bortoli évoque un "prudent regain d'optimisme" des entreprises par rapport à l'été dernier mais qui n'est toutefois "pas partagé les ménages".
Si l'investissement de ces derniers repart (+1% au 4ème) grâce à la détente des taux qui booste la construction de logements neufs, la consommation, elle, resterait "atone" en fin d'année (+0,2% au 4ème trimestre, +0,3% en moyenne sur l'année) malgré un net reflux de l'inflation (1% en 2025). Pour Dorian Roucher, c'est "l'ombre au tableau: la consommation n'augmente quasiment plus depuis un an". Si bien que la demande intérieure repose surtout sur les dépenses d'administrations publiques (+1,5% sur l'année).
Cette consommation en berne n'est que le reflet d'un "pessimisme très marqué" chez les ménages, indique le chef du département de la conjoncture, évoquant "des craintes sur le chômage quasiment au niveau de 2015". Dans le détail, 64% des ménages jugent que la situation économique du pays va se dégrader (+26 points par rapport à la période avant Covid) mais 74% estiment que leur situation financière personnelle va s'améliorer ou se stabiliser, une proportion stable.
"Les ménages sont pessimistes sur la situation du pays mais pas pour eux. C’est un pessimisme collectif spécifique à la France", souligne Dorian Roucher. En effet, si l'opinion des ménages sur la situation globale s'est aussi dégradée en Allemagne ou en Italie, cette affaissement a d'abord été "beaucoup moins marquée" et elle s'est surtout "accompagnée d'une détérioration de leur opinion sur leur situation personnelle, ce qui n'est pas le cas de la France". Au final, "c'est assez rare" d'observer une telle divergence entre l'opinion des ménages et la santé économique réelle d'un pays, poursuit Dorian Roucher.
Un acquis de croissance de 1% mi-2026
Ce pessimisme ambiant ne devrait pas pour autant freiner la croissance début 2026. Pas plus que l'issue du débat budgétaire. D'abord parce que l'adoption d'une loi spéciale en l'absence de projet de loi de finances 2026 ne changera pas grand chose "car la dynamique des dépenses de fonctionnement dans le projet de loi déposé n’est pas radicalement différente de ce qui peut être attendu en cas de reconduite" des crédits (comme le prévoit la loi spéciale), explique l'Insee.
Ensuite, parce que l'objectif de redressement des finances publiques sera quoi qu'il arrive moins ambitieux que celui prévu initialement par le gouvernement. Or cette moindre consolidation budgétaire contribue à la croissance en réduisant les effets potentiellement récessifs d'une loi de finances intégrant d'importantes économies.
Résultat, l'activité devrait même accélérer à 0,3% au premier trimestre et serait de même ampleur au deuxième. À mi-2026, l'acquis de croissance serait déjà de 1%. Autrement dit: si le PIB restait stable sur la deuxième partie de l'année (0% de croissance), la croissance annuelle serait de 1% l'an prochain.
Dans le détail, l'investissement des entreprises continuerait de croître aux premier et deuxième trimestres (+0,3 puis +0,4%). Surtout, la consommation repartirait légèrement (+0,3%), "les ménages consommant très prudemment une partie des gains de pouvoir d’achat passé", même si le taux d'épargne resterait élevé (18,2% au 1er trimestre), note l'Insee. En matière de pouvoir d'achat justement, les salariés devraient avoir regagné "la quasi-totalité des pertes" subies en 2022 et 2023 compte tenu des évolutions récentes des rémunérations et de l'inflation, juge l'institut de la statistique.
Le taux de chômage se rapproche des 8%
Si les entreprises se remettent à investir, elles restent frileuses sur les intentions d'embauches "et profiteraient de la reprise pour reconstituer la productivité", tempère l'Insee.
Dans le même temps, le nombre d'apprentis va continuer de baisser avec la réduction des aides de l'État. Au final, l'emploi ne progresserait que d'environ 70.000 sur la première moitié de l'année, mais uniquement grâce au dynamisme des créations de micro-entreprises.
Les effets de la suspension de la réforme des retraites ne s'étant pas encore manifestés, la population active va elle continuer d'augmenter début 2026 et plus vite que l'emploi ce qui devrait in fine confirmer la hausse du chômage, à 7,8% à mi-année, contre 7,7% actuellement.












