"La guerre civile est une possibilité": pour l'écrivain Michel Houellebecq, la guerre comme fil rouge de son retour à la chanson

Ils chevauchaient le vent, c'est le titre du premier morceau, dévoilé ce mercredi, extrait de l'album de Michel Houellebecq et Frédéric Lo, Souvenez-vous de l'homme. Un album aux textes poétiques signés par l'écrivain. À cette occasion, l'écrivain a longuement répondu à BFMTV, évoquant leur collaboration artistique, son rapport à la chanson, mais aussi l'époque, qui dépasse à ses yeux la science-fiction et la possibilité d'une guerre civile.
C'est un thème qu'il évoque d'ailleurs dans la chanson Perdus dans des rêves inutiles. "Il faut être au moins deux pour une guerre civile", martèle-t-il ainsi dans le refrain.
"Des futurs tragiques"
"La guerre civile est une possibilité", estime-t-il, sans préciser dans quel pays elle pourrait avoir lieu. "Je n'ai pas l'impression d'être le premier à envisager éventuellement des futurs tragiques", tempère-t-il, ajoutant ne pas s'en inquiéter outre mesure. "Je crois que je suis trop vieux pour avoir peur. Ce n'est pas vraiment une peur, honnêtement."
Dans la chanson Le bleu du ciel central, il écrit, "Dans quelques jours, sûrement, il y aura la guerre / Vers l'est, le conflit se propage". La guerre résonne dans tout cet album, évoquée dans pratiquement toutes les chansons.
"Cela fait longtemps qu'il n'y en a pas eu en Europe, donc il y en aura sûrement une. Oui, voilà, c'est un peu bizarre que le conflit se propage vers l'Est, mais je ne sais pas parce que ça ne me paraît pas impossible au fond. On imagine une période de guerre, oui c'est vrai, mais y a aussi autre chose après, et ça c'est quelque chose qui est qui est assez présent dans mes livres, tout ce qui tourne autour de ce qu'on appelle le transhumanisme, c'est à dire qu'est ce qui succédera à l'humanité?"
"Un de mes moteurs principaux, confie-t-il encore, c'est le sentiment de ne pas bien comprendre ce qui se passe". "Il se passe quelque chose de grave, mais on ne sait pas quoi. C'est une sensation que j'ai très souvent. J'écris pour rendre sensible ce trouble."
Un premier disque il y a 26 ans
Provocateur cynique pour ses détracteurs, prophète des dérives des sociétés occidentales pour ses admirateurs, Michel Houellebecq est l'auteur de nombreux romans, essais et recueils, dont Les Particules élémentaires, La carte et le territoire (prix Goncourt 2010) et Soumission. Ses œuvres ont été traduites dans une quarantaine de langues.
"Ni saint ni héros", l'auteur des Particules élémentaires et de Anéantir, rejette aussi l'étiquette de prophète. "J'ai été qualifié de prophète, c'est un peu fatigant. Héros ce serait ridicule. Et saint encore moins", balaie-t-il.
Cela faisait 26 ans que Michel Houellebecq n'avait pas fait d'incursion dans la chanson. La dernière fois, c'était en 2000, avec Bertrand Burgalat, avec Présence humaine. EN 2007, il y avait également eu Etablissement d'un ciel d'alternance, mis en musique par Jean-Jacques Birgé.
Cette fois-ci, Frédéric Lo, qui a travaillé avec de nombreux artistes, comme Daniel Darc, Pete Doherty ou Alain Chamfort, a mis en musique les textes de Michel Houllebecq.
L'auteur confie son goût pour la chanson, et se dit fan de Pink Floyd, qu'il a vu plusieurs fois en concert. "J'aime beaucoup ça. J'ai été beaucoup plus marqué par la musique dans ma vie que par d'autres arts".











