Vers la fin de WhatsApp au Royaume-Uni?

Fin des festivités après le couronnement du roi Charles III, la vie politique continue au Royaume-Uni, à commencer par la régulation de la vie numérique. Une mesure sur le chiffrement de bout en bout dans le projet de loi sur la sécurité en ligne pourrait entraîner le retrait de WhatsApp sur le territoire, rapporte The Guardian.
Le gouvernement britannique risque de s'engager dans une bataille avec WhatsApp ont averti les ministres, alors que le projet de loi est en cours d'examen par la Chambre des Lords. Quatre ans de travail, huit secrétaires d'État et cinq premiers ministres ont participé à la rédaction du texte de plus de 250 pages.
Ce projet de loi qui concerne tous les aspects de la vie en ligne souhaite rendre le chiffrement de bout en bout moins opaque. L’objectif serait de rendre la détection de contenus illégaux possible au sein des échanges chiffrés.
Le texte donne ainsi à l'Ofcom (l'autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni) le pouvoir d'imposer aux réseaux sociaux l'utilisation de nouveaux outils pour lutter contre le terrorisme ou les contenus pédopornographiques, avec des amendes pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial pour les services qui ne s'y conforment pas.
Sauf que, dans le cas de WhatsApp, qui sécurise les données de leurs utilisateurs par un chiffrement de bout en bout, il est technologiquement impossible de lire les messages des utilisateurs sans rompre sa promesse initiale: protéger la confidentialité des échanges.
"Le projet de loi ne prévoit aucune protection explicite pour le chiffrement", dénoncait WhatsApp dans une lettre ouverte le 17 avril.
Une "ambiguïté intentionnelle"
En mars dernier, le responsable de WhatsApp, Will Cathcart déclarait qu’il ne comptait pas dégrader son système actuel et s’est dit choqué par ce projet de loi.
Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a déclaré au Guardian être "favorable à un cryptage fort, mais cela ne peut se faire au détriment de la sécurité publique". Et tente de tempérer: "Le projet de loi sur la sécurité en ligne ne représente en aucun cas une interdiction du chiffrement de bout en bout et n'exigera pas non plus des services qu'ils affaiblissent le chiffrement".
Le porte-parole invite les plateformes à utiliser une technologie spéciale, ou à développer une nouvelle technologie, afin d'identifier avec précision les contenus pédopornographiques ou terroristes.
Richard Allan, membre de la Chambre qui a travaillé comme chef de la politique de Meta (maison-mère de Facebook) jusqu'en 2019, dénonce une "ambiguïté intentionnelle".
"Ils prennent soin de dire qu'ils n'ont pas l'intention d'interdire le chiffrement de bout en bout (...), mais refusent en même temps de confirmer qu'ils ne pourraient pas le faire en vertu des nouveaux pouvoirs prévus par le projet de loi", souligne Richard Allan auprès du Guardian.
Selon lui, l'autre scénario possible serait que le gouvernement se montre honnête et déclare que son intention est de limiter le chiffrement de bout en bout pour permettre "une transition ordonnée".
Pour autant, selon Politico, le Ministère de la science, de l'innovation et de la technologie souhaite trouver une issue favorable entre les différentes parties et mène actuellement des pourpalers "avec tous ceux qui souhaitent en discuter".