Tiktok face à la justice française après le suicide de deux ados: ce que risque vraiment la plateforme

Faire reconnaître "le rôle joué par la plateforme TikTok, dans la libre circulation des contenus faisant la promotion de l’automutilation, du suicide et des troubles alimentaires". C'est le but du collectif Algos Victima, qui annonce ce 4 novembre avoir assigné l'application chinoise au civil, et représente sept familles de victimes.
Selon un communiqué de presse, ces dernières souhaitent "faire reconnaître la responsabilité du réseau social dans la dégradation de l’état de santé de leurs enfants, dont deux se sont suicidés". En cause: ses algorithmes, régulièrement accusés d'amplifier la diffusion de contenus invitant ses utilisateurs les plus fragiles à se donner la mort.
Selon les chercheurs, Tiktok se montre particulièrement agressif en imposant toujours plus de contenus liés aux thèmes retenant l'attention des utilisateurs. Y compris avec des vidéos dangereuses, lorsque de jeunes ados s'attardent sur des séquences évoquant des envies suicidaires.
Tiktok attaqué au civil
"TikTok, comme d'autres géants du secteur, doit répondre de ses actes et négligences. Les familles engagées dans ce recours dénoncent les effets dévastateurs de l'application sur la santé mentale et physique de leurs enfants" affirme Maître Laure Boutron-Marmion, avocate des familles et fondatrice du collectif Algos Victima.
Une avocate qui s'est déjà attaquée à Tiktok en 2023, cette fois devant la justice pénale, en représentant la famille d'une adolescente de 15 ans s'étant donné la mort en 2021.
Mais comme le rappelait l'avocat spécialisé en numérique Alexandre Archambault, auprès de Tech&Co, il est difficile de poursuivre au pénal les grandes plateformes, qui sont réglementées au niveau européen.
Désormais, le choix d'une procédure au civil pourrait changer la donne, du moins pour forcer Tiktok - basé en Irlande - à faire face à la justice française. Si des peines de prison sont ainsi exclues, l'entreprise pourrait être condamnée à verser de l'argent aux familles de victimes, au titre de préjudice ou de réparation.
"Au civil, sans préjuger de l’issue de la procédure, cela permettra au moins d’avoir un débat contradictoire et public sur le sujet" estime ainsi Alexandre Archambault.
"Si la justice peut condamner un intermédiaire technique à être un peu plus transparent, il n’y a eu à ce jour aucune condamnation en tant que responsable ou complice au pénal" rappelle-t-il ainsi.
C'est justement au niveau européen que pourrait s'assombrir l'avenir de Tiktok. Début 2024, la Commission européenne a ouvert une enquête visant la plateforme chinoise, pour mieux comprendre les dangers que pourrait faire peser la plateforme sur les mineurs.
Aux Etats-Unis, où Tiktok pourrait prochainement être interdit, l'entreprise est poursuivie depuis le début du mois d'octobre par 13 Etats différents, là encore en raison de ses pratiques potentiellement nuisibles aux jeunes utilisateurs.
Auprès de Tech&Co, Tiktok assure n'avoir à ce jour "reçu aucune notification relative à cette procédure judiciaire".