Comment avec le rachat disputé de Warner Bros. Netflix pourrait aussi devenir un ténor du jeu vidéo

Dans tout mariage, la dot de la mariée n'est pas toujours remplie seulement de choses intéressantes. En fouillant la cassette, on peut tomber sur ce que l'on va considérer comme superflu, inutile, mais qui, en y réfléchissant bien, sera d'un apport inestimable au mariage.
C'est un peu ce que pourrait se dire Netflix s'il parvient à mettre la main sur Warner Bros après son offre de 82,7 milliards de dollars, et si Paramount Skydance, avec son OPA agressive, ne lui coupe pas l'herbe sous le pied. Car dans le panier garni, il n'y a pas que HBO ou les séries et films Warner, mais aussi la branche jeu vidéo Warner Bros. Games.
Un ajout sans "aucune valeur"
"On n’a attribué aucune valeur à ça dès le départ parce que c’est relativement mineur comparé à l’ensemble du deal", a confié Greg Peters, co-directeur général de Netflix avec Ted Sarandos, au sujet de la présence de Warner Bros Games dans la négociation. Si, sur le fond, on peut comprendre la déclaration fracassante, qui a dû faire se dresser les cheveux sur les têtes des joueurs, en y réfléchissant à plus long terme, ce serait pour le service de streaming vidéo une aubaine aux bénéfices incroyables. Petite valorisation dans un gros deal, mais gros effets pour finalement un petit investissement.
Tout d'abord, parce que Warner Bros. Games, c'est évidemment l'accès à des licences de renom (Harry Potter, DC Universe, Game of Thrones, plus diverses séries à fort potentiel…) et la possibilité d'en faire des jeux mobiles à gogo, ce que cherche évidemment Netflix avec sa division Netflix Games lancée en 2021. Mais WBG, c'est aussi des studios majeurs reconnus dans l'industrie et des jeux qui ont marqué les esprits: Batman Arkham (Rocksteady), Hogwarts Legacy: L'Héritage de Poudlard (Avalanche Software), Mortal Kombat (NetherRealm), les jeux Lego dont le prochain Lego Batman (TT Games) et La Terre du Milieu: L'Ombre du Mordor (Monolith Productions).
Si l'accord aboutit, la totalité des studios passerait donc dans le giron Netflix et viendrait s'ajouter aux studios maison. Des entités fluctuantes depuis quatre ans, au gré des achats et projets, annulés ou non. A ce jour, Netflix Games possède encore Night School Studio, spécialiste des jeux narratifs auquel on doit Oxenfree et Oxenfree 2, destiné à sa sortie au catalogue Netflix, mais a revendu Spry Fox et fermé Boss Fight Entertainment en 2025. A Helsinki, Netflix a désormais son propre studio pour gérer des projets originaux sur mobile et sur TV, son nouvel objectif depuis que le catalogue de jeux est en partie disponible sur écran et ordinateur.
Warner Bros Games pour donner de la légitimité
Venir jouer sur TV comme si vous aviez une console, mais à l'aide de votre seul smartphone: c'est la promesse en devenir de Netflix. Pour le moment, l'offre est un peu limitée, tournée essentiellement vers des jeux familiaux, narratifs ou de réflexion. Mais aucun des titres d'envergure pourtant présents dans l'offre mobile comme Red Dead Redemption, GTA San Andreas, Hades ou encore Civilization VI.
Questions de droits sans doute, les grands éditeurs et développeurs veulent bien venir tenter l'aventure Netflix, moyennant sans doute un très gros chèque, mais pas question non plus de marcher sur les plates-bandes de leurs plus gros pourvoyeurs, Xbox et Playstation. En récupérant les jeux Warner, l'offre pourrait devenir tout de suite plus séduisante pour les utilisateurs et abonnés Netflix.
Face à Netflix, la concurrence prend différentes formes. Amazon, qui s'est offert quelques studios de marque en rachat ou partenariat (avec Crystal Dynamics derrière Tomb Raider), a annoncé par le passé de gros projets, même si certains ne verront jamais le jour. A l'autre bout du spectre, côté mobile, Apple Arcade qui tente de porter des studios indépendants prometteurs (les Français d'Ob BiBi avec B.E.A.S.T., nommé dans la catégorie Jeux de l'année lors des Pégases 2025). En entre deux, Netflix n'a pas encore trouvé son angle de frappe.
Pourtant, en portant un oeil attentif au catalogue Netflix Jeux, on peut constater qu'il est injustement méconnu, empli de nombreux titres indépendants qui ont fait le bonheur des joueurs PC et consoles, mais aussi de titres de grande qualité. Il a néanmoins pu prétendre à quelques exclusivités taillées pour lui (Monument Valley 3, Valiant Hearts - suite de Soldats Inconnus - et même un inédit d'Assassin's Creed), mais il manque de jeux originaux d'ampleur, autres que des jeux mobiles tirés de ses licences.
Renforcer sa place de leader sur le divertissement
L'achat de Warner Bros. Games lui offrirait alors une force de frappe face à ses concurrents directs du streaming qui ont aussi des velléités gaming, lui assuerait une légitimité aussi auprès de l'industrie et une expertise vidéoludique étendue pour rivaliser avec les ténors du marché. Ce serait surtout un réservoir de licences potentielles dingue, une diversification potentielle aussi de ses revenus et expériences proposées. En quête de jeux narratifs qualitatifs, de titres multijoueurs aussi, Netflix décrocherait la timbale en faisant tomber Warner Bros. Games dans son escarcelle et élargirait son champ d'action divertissement (streaming, cinéma, jeux vidéo).
Mais, à ces hauteurs de valorisation, d'autres questions pourraient se poser, notamment sur le changement de direction à suivre pour Netflix, loin d'être un éditeur de jeux de poids pour le moment.
Jusqu'à présent, le service jeux vidéo créé par Reed Hastings reposait sur un modèle de gratuité, des jeux mobiles en libre accès à télécharger depuis l'application et les différents stores. Qu'en sera-t-il quand il sera question de blockbusters comme un nouveau jeu Batman ou Harry Potter et qu'il faudra rentabiliser l'investissement? Difficile d'imaginer qu'ils puissent rester gratuits sur la plateforme et payants sur les consoles et PC. Netflix risquerait-il donc d'amputer certains projets en cours?
Dans sa proposition d'achat, Netflix ne s'est pas étendu sur sa vision gaming. On sait pourtant qu'il y a de l'ambition sur ce domaine chez l'Américain. Divertissement numéro un dans beaucoup de pays, y compris et surtout en matière de revenus, le jeu vidéo est un appât de choix pour gagner la bataille de l'attention et garder ses utilisateurs sur son application ou sa plateforme. Et leur éviter d'aller voir ailleurs si les jeux sont plus beaux aussi.