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Miroki, le robot français qui veut apporter du bonheur et de l’aide dans les hôpitaux

BFM Business Melinda Davan-Soulas
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Faire entrer la robotique dans l’air de l’enchantement et lui donner une véritable histoire. C’est le but de la société Enchanted Tools qui a créé un robot tout droit sorti d’un dessin animé, mais qui veut être avant tout une aide.

Imaginez-vous dans une chambre d’hôpital toujours un peu froide et austère. Voici qu’arrive pour l’égayer et vous amener votre repas un étrange robot sur roulette géante. C’est Miroki, "l’aide-hospitalière". Son rôle: déplacer des objets pour épauler les soignants.

"Dans les hôpitaux, les espaces sont organisés en fonction des déplacements d’objets. Et l’on en compte des centaines de milliers par semaine pour les membres du personnel", explique Jérôme Monceaux, fondateur d’Enchanted Tools, la startup derrière ce robot si mignon. "Si ces déplacements deviennent un peu plus 'gratuits' en énergie humaine dépensée, on peut alors repenser la manière dont on s’organise. En évitant ces déplacements prenants, les soignants pourraient se consacrer à d’autres tâches plus importantes."

Miroki, le robot qui veut apporter du merveilleux
Miroki, le robot qui veut apporter du merveilleux © Tech&Co - Melinda DAVAN-SOULAS

Draps, pansements, médicaments, plateaux-repas, échantillons à apporter dans les chambres… tout ce qui doit être transporté d’un point A à un point B régulièrement et de manière anticipée pourrait être réalisé par ce robot, qui peut aussi pousser un chariot en saisissant des poignées conçues spécialement pour lui. Avec, en prime, une bouille adorable pour apporter un peu de gaieté.

Une aide aux airs de héros de dessin animé

C’est là qu’Enchanted Tools entre en scène. La startup parisienne a vu le jour en juin 2021 dans les pas de Jérôme Monceaux, l’un des hommes derrière les robots Nao et Pepper d’Aldebaran. "Je voulais depuis longtemps repenser le concept du robot, le penser avec une utilité et une histoire en tête", rappelle-t-il à Tech&Co alors que nous découvrons cet étrange individu sur sphère venu de la planète Miroko. En un peu plus d’un an, Miroki a vu le jour de manière fulgurante et impressionnante. Et ce, grâce à la cinquantaine d’ingénieurs qui ont rejoint l'aventure, mais aussi grâce à une équipe de création, avec ses artistes et ses animateurs qui ont mis en images et en lumière le robot.

Car celui-ci ne se contente pas de rouler, il sait aussi parler et est le héros de son propre film d’animation qui donne du contexte à son rôle et le mettre en scène. Et c’est particulièrement réussi: le robot aux allures humanoïdes et animalières dégage immédiatement une bonhomie et une bienveillance évidentes.

"On voulait de l'émotion, de l'histoire, pas juste un robot qui s'active", martèle Jérôme Monceaux. "Alors, on lui a créé un univers et une raison d'être venu sur Terre: il vient aider." Une façon d'humaniser le robot pour que le public -et les enfants surtout- l'adopte encore plus facilement.

Des expérimentations sont actuellement menées à l’hôpital Broca à Paris. Du haut de ses presque 1,25 m et 28 kg, Miroki a commencé à déambuler dans les allées de l’établissement sous le regard mi-étonné, mi-enchanté du personnel et des patients. Et les premiers retours sont encourageants. "On est allé prendre le retour auprès du personnel et on s’est aperçu que c’est une aide qui était vraiment appréciée dans un établissement qui gère des personnes âgées. Pour eux, c’est devenu indispensable. Ça les a sortis de leur routine et ça leur a permis de se concentrer sur l'important," souligne Jérôme Monceaux qui veut que son robot soit avant tout non intrusif et se fasse le plus discret possible. "On peut apporter du merveilleux dans des endroits qui ne le sont pas tout le temps".

Être utile avant d'être une démonstration technique

Avec ses airs à la Ratchet, le personnage de jeu vidéo de PlayStation, Miroki est évidemment voué à aller donner un coup de main dans les unités pédiatriques comme à l’hôpital Necker où il doit faire prochainement son entrée, mais aussi dans des lieux publics comme des aéroports pour orienter et renseigner vocalement. Sur sa boule, il tient parfaitement l’équilibre et peut résister aisément à quelques secousses, promet-on chez Enchanted Tools. La boule est un moyen de mobilité supplémentaire, mais aussi d’économies d’énergie par rapport à un robot bipède. Bardé de capteurs, de micros et de caméras (ainsi que d'un mini ordinateur intégré piloté à distance) pour se repérer et éviter les obstacles, il est aussi doté d’une certaine flexibilité des mouvements et d’une réelle fluidité. Il peut être pris par la main pour être promené sans avoir à forcer.

Miroki sait aussi détecter des petits capteurs baptisés "runes" qui, associés à une personne ou un objet, pourront le mener dans la bonne direction. Il peut également suivre le regard de la personne face à lui de manière assez impressionnante pour une plus grande proximité. Mais s’il y a bien un point essentiel pour son créateur qui le distingue des robots habituels voulant rivaliser de prouesses, c’est la volonté portée par Enchanted Tools de ne pas en faire un individu autonome. "Miroki est là pour aider, pour s’inscrire dans un scénario écrit par des individus et l’intégrer. C’est là où est sa maturité. Il est fait pour être utile, pas une démonstration technique d’ingénieurs", martèle Jérôme Monceaux.

Les évolutions de Miroki et sa future comparse Miroka (à droite)
Les évolutions de Miroki et sa future comparse Miroka (à droite) © Tech&Co - Melinda DAVAN-SOULAS

Et Miroki aura bientôt une acolyte de choc. Miroka doit faire son apparition à l’été et proposer ainsi une alternative féminine aux professionnels qui souhaiteraient s’attacher les services de ces "enchanteurs" en devenir. Car à près de 30.000 euros, ils ne sont pas voués à être un bien de grande consommation. Les derniers peaufinages et tests vont arriver dans les prochains mois. Pour voir Miroki et Miroka en action, il faudra attendre 2025 au plus tôt.