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Recrutements, investissements de centaines de milliards de dollars... Plongée au coeur du grand pari de Mark Zuckerberg sur l'IA

BFM Business Kesso Diallo
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Depuis plusieurs mois, le patron de Meta a multiplié les initiatives pour rester dans la course à l'IA face à la concurrence, n'hésitant pas à dépenser des sommes considérables pour y parvenir.

Mark Zuckerberg aime les paris risqués. Après le métavers, le patron de Meta mise sur l'intelligence artificielle et il est prêt à tout pour faire le poids face à la concurrence. Depuis plusieurs mois, il multiplie en effet les efforts pour faire avancer son entreprise dans ce domaine, comme le rappelle le Financial Times.

Il n'a notamment pas hésité à dépenser des milliards de dollars pour rester dans la course et tenter de parvenir à ce qu'on appelle la superintelligence, soit une IA plus intelligente que les humains. Alors que ce concept est loin d'être une réalité, il obsède Mark Zuckerberg.

Il est convaincu qu'elle finira par être la technologie la plus importante, en permettant de créer le plus grand nombre de nouveaux produits de l'histoire, mais aussi qu'elle sera personnelle. Outre la productivité, la superintelligence pourra ainsi aussi aider les individus à être un meilleur ami pour leurs proches ou encore à atteindre leurs objectifs, selon lui.

Des recrutements...

Les milliards de dollars dépensés par Mark Zuckerberg dans cet objectif ont entre autres servi à recruter des talents en IA. En juin, Meta a investi plus de 14 milliards de dollars dans la start-up spécialisée Scale AI. Un accord qui lui a permis de s'offrir le patron de cette jeune pousse, Alexandr Wang, pour diriger son laboratoire de recherche dédié à la superintelligence et le TBD ("to be determined", à déterminer en français) Lab, axé sur le développement des frontier models (modèles d'IA de pointe, dont les capacités dépassent celles des meilleurs systèmes actuels, NDLR).

Dans le même temps, le milliardaire a aussi tenté de débaucher des employés d'OpenAI, Google et d'autres concurrents, proposant même des salaires mirobolants et une prime de 100 millions de dollars à certains. Il est même allé jusqu'à préparer et livrer de la soupe à des salariés d'OpenAI qu'il souhaitait recruter, comme l'a rapporté le magazine Fortune.

... qui provoquent des tensions...

Ces recrutements ont cependant créé des tensions au sein de Meta, avec une fracture qui n'est pas que physique. Mark Zuckerberg souhaitant que l'équipe du TBD Lab soit séparée de la bureaucratie de l'entreprise, il a fait installer leurs bureaux à côté du sien, selon le New York Times.

Et des désaccords ont fini par émerger entre les deux. D'après le média américain, Alexandr Wang a reproché à deux lieutenants de longue date du PDG de s'intéresser uniquement à l'amélioration de l'activité liée aux réseaux sociaux. Alors que le laboratoire a été créé pour faire de la superintelligence une réalité.

Chris Cox, chef produit, et Andrew Bosworth, directeur de la technologie, auraient par exemple demander à son équipe d'entraîner un nouveau modèle d'IA de pointe de la société afin d'améliorer l'activité publicitaire et le flux des plateformes de l'entreprise. Opposé à cette idée, l'ancien patron de Scale AI a alors rétorqué que l'objectif du TBD Lab était de rattraper les modèles d'IA concurrents d'OpenAI et de Google avant de se concentrer sur les produits.

Ce dernier aurait également eu des désaccords avec Mark Zuckerberg. En cause: la microgestion exercée par le premier sur les travaux de Meta en matière d'IA, que le responsable du TBD Lab juge étouffante. Par ailleurs, certains employés se demandent si Alexandr Wang n'est pas dépassé par les événements au vu, en partie, de son expertise dans les services de données IA plutôt que dans la recherche visant à réaliser des percées techniques dans ce domaine.

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En charge d'intégrer les modèles d'IA de pointe dans les produits de Meta, Nat Friedman est en outre sous la pression croissante de Mark Zuckerberg pour accélérer la mise sur le marché de produits dopés à l'IA. Pour rappel, il vise à terme à proposer des lunettes connectées intégrant la superintelligence, ainsi qu'un écran pour la réalité augmentée, permettant à leurs utilisateurs d'interagir avec elles et le monde qui les entoure tout au long de la journée.

C'est dans ce cadre que certains membres de l'équipe de Nat Friedman n'auraient pas apprécié le lancement de l'application Vibes, fin septembre. Ils reprochent au patron de Meta de s'être précipité pour faire face à Sora 2 d'OpenAI.

... et des départs

À cela s'ajoute de nombreux départs et suppressions d'emplois ces derniers mois. En octobre, le géant américain a supprimé 600 postes de chercheurs en IA. A l'époque, Alexandr Wang avait expliqué que cela permettrait que moins de discussions soient nécessaires pour prendre des décisions. La plupart des personnes concernées n'ont cependant fait que changer de poste, car l'entreprise veut rester dans la course à l'IA.

De grands noms ont également quitté la société, dont Yann Le Cun. Arrivé en 2013, le responsable scientifique de l'IA chez Meta a annoncé son départ en novembre, prévoyant de fonder sa propre start-up l'année prochaine.

Vers une hausse des dépenses en 2026

Outre les recrutements, Mark Zuckerberg est prêt à dépenser des sommes considérables pour les infrastructures IA. En septembre, il s'est engagé, auprès de Donald Trump, à y investir 600 milliards de dollars d'ici 2028. Engagement qui a été officialisé début novembre.

Entre-temps, son société a conclu un accord de financement à hauteur de 27 milliards de dollars avec les fonds gérés par Blue Owl pour la construction du campus de centres de données Hyperion en octobre dernier. Le même mois, elle a également signé une levée de dette de 30 milliards de dollars pour financer ses ambitions en matière d'infrastructures.

Et Mark Zuckerberg ne prévoit pas de s'arrêter là dans les dépenses consacrées à l'IA. À l'occasion de la publication des résultats du troisième trimestre de son entreprise, fin octobre, il a fait savoir qu'il allait les augmenter en 2026, année au cours de laquelle elles pourraient même dépasser les 100 milliards de dollars. Il n'a cependant pas indiqué comment il allait intégrer cette technologie à ses réseaux sociaux ni comment elle serait monétisée.

Un modèle d'IA aussi performant que ceux de la concurrence

Meta devrait d’ailleurs lancer un nouveau modèle d’IA au premier trimestre de l’année prochaine. Connu en interne sous le nom d’Avocado, il ne s’agira pas d’une nouvelle itération de Llama, mais d’un modèle développé à partir de zéro. Ce qui n’est pas une mauvaise chose au vu de la déception qu’a été Llama 4. Lancé début avril, ce modèle a été mal accueilli, avec des performances jugées décevantes dans plusieurs domaines, dont l’écriture de code.

Avec Avocado, le groupe californien vise à obtenir des performances équivalentes à celles de Gemini 2.5 (lancé en mars) lors de sa sortie, et à celles de Gemini 3 d’ici l’été. Disponible depuis novembre, ce dernier a inquiété OpenAI, qui a déclenché une "alerte rouge" en interne et s’est précipité pour lancer GPT-5.2, afin de réaffirmer sa suprématie.

Dans cet objectif, le laboratoire TBD prévoit de recourir à une technique connue sous le nom de "distillation". Permettant d’utiliser les données d’un modèle d’IA pour en entraîner un autre et pour développer des capacités similaires plus facilement, elle a été utilisée par le chinois Deepseek, qui a bouleversé le secteur de l'IA en janvier dernier avec son IA du même nom.

Dans le cas de Meta, ce processus lui permettrait de transférer les connaissances et les prédictions des modèles concurrents comme Gemma de Google ou Qwen du chinois Alibaba vers le sien. Cela, malgré les inquiétudes exprimées par Mark Zuckerbeerg, concernant la censure potentielle des modèles d'IA chinois. Le patron de Meta estime par ailleurs que les États-Unis doivent remporter la course à l'IA.

C'est aussi l'objectif de Donald Trump, qui a présenté son plan d'action sur l'IA en juillet pour y parvenir. Depuis la réelection du magnat de l'immobilier, le patron de Meta multiplie d'ailleurs les initiatives pour revenir dans ses bonnes grâces. Il a notamment mis fin au programme de fact-checking de l'entreprise, qu'il a remplacé par un système de notes communautaires similaires à X.

Un moyen pour lui d'éviter d'éventuels obstacles administratifs. Et il semble que cela a fonctionné, d'autant plus qu'il n'est pas le seul patron de la tech à s'être rangé derrière Donald Trump depuis sa victoire face à Joe Biden en novembre 2024. Avec son plan d'action, le président a lâché la bride aux entreprises américaines comme Google, Meta ou OpenAI, considérant que leurs IA doivent respecter la liberté d'expression tout en jugeant certaines réglementations étouffantes.

Mais, pour l'instant et malgré tous ses efforts, le nouveau pari de Mark Zuckerberg, qui a déjà essuyé un échec avec le métavers, est loin d'être gagnant.