Faux sites, deepfakes et promotions miracles: comment l'IA alimente de dangereuses arnaques à l'Ozempic ou au Wegovy, ces médicaments amaigrissants "miracles"

"Comment j'ai réussi à trouver de l'Ozempic 100% en ligne", lance une influenceuse sur Tiktok à ses 200.000 abonnés. Sous sa vidéo, des milliers de commentaires la remercient et lui demandent des conseils d'utilisation.
Sauf que la jeune femme de 20 ans n'est ni médecin, ni pharmacienne. Il s'agit uniquement d'une créatrice de contenus faisant la promotion sur les réseaux sociaux, comme nombre de ses compères, de produits pour maigrir en un rien de temps.
Ces médicaments miracles, comme l'Ozempic ou le Wegovy qui stimulent l'hormone GLP-1, sont uniquement disponibles sur ordonnance. Et ils cartonnent sur les réseaux sociaux. Alors, face à la demande grandissante, certains escrocs ont senti le bon filon.
Deepfakes, pubs et super promos
Ils proposent d'acheter ces produits directement en ligne. Du moins, c'est ce qu'ils laissent croire. Car ces sites sont entièrement faux et générés par intelligence artificielle (IA). Comme le rapporte une étude de l'entreprise de cybersécurité Check Point, relayée par Le Parisien, le nombre de faux sites de vente de ces médicaments augmente de façon exponentielle.
"Des escrocs usurpent désormais l'identité de médecins et de cliniques pour promouvoir des médicaments contrefaits ou dangereux, en utilisant fréquemment l'intelligence artificielle et la technologie deepfake pour générer des photos, des vidéos et des témoignages falsifiés et convaincants", alerte l'entreprise.
Et ces escrocs ne reculent devant rien pour faire connaître leurs arnaques. Certains paient pour des publicités sur les réseaux ou dans les résultats de recherche. Depuis octobre 2025, la société spécialisée dans la cybersécurité a recensé plus de 200 publicités frauduleuses.
En général, elles semblent provenir d'un médecin ou d'une clinique légitime qui "recommande" le produit. En bref, des figures qui font autorité auprès des victimes pour les convaincre de la qualité du médicament. Il s'agit en réalité de deepfakes, des contenus générés par IA qui usurpent sans autorisation l'identité d'un individu. Plusieurs médecins célèbres, notamment des spécialistes du diabète, se voient ainsi utilisés par ces réclames.
D'autres escrocs se créent de faux profils sur les réseaux sociaux pour mettre en avant les médicaments. En France, pas moins de 800 nouveaux noms de domaines factices ont été identifiés en trois jours par Check Point. Aux Etats-Unis, 500 pages frauduleuses sont créées chaque jour sur les plateformes.
C'est par exemple le cas d'une page Facebook qui usurpe l'identité d'un médecin américain agréé. Ce compte utilise des diplômes volés et des photos professionnelles pour promouvoir des contrefaçons de médicaments amaigrissants à base de GLP-1. Ces publications redirigent ensuite les victimes vers des pharmacies en ligne non réglementées vendant des produits dangereux.
De "graves complications de santé"
Une fois sur les sites, tout est fait pour mettre en confiance les consommateurs. Les commentaires, fabriqués par une IA, sont élogieux. Les descriptions des produits, elles aussi générées par IA, promettent une perte de poids "express", "20 kilos en un mois". Tous ces médicaments sont prétendument "fabriqués en France, "avec l'aval de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et de la Haute autorité de santé (HAS).
A l'aide de l'IA, les arnaqueurs vont jusqu'à créer de fausses vidéos et des enregistrements vocaux qui donnent l'illusion que de vrais médecins recommandent ces traitements. Sans surprise, ces faux sites multiplient les fausses promotions à "-95%", les bannières "stock limité" et les faux comptes à rebours pour inciter les consommateurs à passer à la caisse.
L'objectif de toutes ces manigances? Duper les utilisateurs pour qu'ils achètent le produit. Avec le risque de perdre une trentaine d'euros sans jamais recevoir le médicament ou pire, de s'injecter des substances non autorisées, voire dangereuses.
"Cela peut entraîner de graves complications de santé, aggraver des problèmes médicaux existants ou retarder l'accès à un traitement légitime, avec des conséquences potentiellement dramatiques", alerte Check Point.
Selon l'organisme, plusieurs victimes sont effectivement tombées malades en ingérant l'une de ces substances vendues sur internet. "Les menaces sont non seulement cyber mais aussi physiques", conclut Amit Weigman, expert cybersécurité chez Check Point, interrogé par Le Parisien.
Des "kits de fraude"
Selon l'entreprise de sécurité, ces arnaques pourraient être le fruit "d’entreprises de cybercriminalité sophistiquées et organisées". Des plateformes proposent notamment des "kits de fraude "contenant tout le nécessaire pour gérer un faux site web médical. A l'intérieur: des modèles, des images libres de droits, des scripts d'automatisation d’hébergement et même des traductions dans plusieurs langues.
"Cette banalisation permet à des personnes ayant des compétences techniques minimales de reproduire et de lancer de nouvelles arnaques à l’échelle mondiale", précise l'organisme. En effet, avec l'évolution des outils d'IA, de plus en plus performants, n'importe quel escroc peut, en quelques clics créer une arnaque crédible.
Pour éviter de tomber dans le panneau, l'organisme conseille de se méfier des promotions trop alléchantes qui incitent à acheter vite. Quelques indices permettent également de repérer les images ou vidéos générées par IA. Des mains à six doigts, des lignes floues ou encore des vêtements qui disparaissent.
Pour rappel, les produits à base de GLP-1 peuvent avoir des effets secondaires, notamment des maux de ventre, des vomissements, de la diarrhée et de la déshydratation. Les médicaments ne sont délivrés que sur ordonnance en France, et le logo de l’ANSM ne peut jamais apparaître sur un emballage.
