Blocage d'Instagram: En Turquie, les commerçants inquiets après quatre jours de suspension

Le bras de fer se poursuit entre Instagram et Ankara. Le réseau social de Meta est bloqué depuis ce vendredi 2 août en Turquie, pour le quatrième jour consécutif, au détriment de multiples opérateurs et commerçants qui y font leurs affaires.
En effet, la décision de fermer l'accès à Instagram a été annoncé ce lundi 2 août par les autorités du pays, sans qu'aucune raison ne soit officiellement avancée. Toutefois, le blocage intervient après que le ministre turc des Communication, Fahrettin Altun ait accusé le réseau social américain de censurer les publications rendant hommage à Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas tué mercredi 31 juillet à Téhéran.
57 millions de dollars par jour
Or, ce blocage a de lourdes conséquences pour les commerçants. En effet, 50 à 60 millions de Turcs (sur 85 millions d'habitants) sont abonnés à Instagram qui sert de plateforme à des nombreuses activités commerciales. Selon le vice-président de l'Association des opérateurs du E-Commerce, Emre Ekmekçi, cette coupure risque de coûter 1,9 milliard de livres turques (TL). C'est près de 57 millions de dollars par jour.
"10% du commerce en ligne en Turquie s'effectue via les plateformes et les réseaux sociaux, soit 930 millions de TL par jour, près de 28 millions de dollars", a-t-il affirmé à la chaîne privée turque CNCB-E.
"Des centaines de milliers de personnes trouvent des clients sur Instagram. Des centaines de milliers de personnes font des affaires sur Instagram", rappelle sur X (ex-Twitter) le Professeur Özgür Demirtas, titulaire de la chaire de Finances à l'Université Sabanci d'Istanbul.
"Des milliers de personnes établissent des liens à l'exportation sur Instagram. Des milliers de personnes sur Instagram paient des taxes", insiste-t-il en concluant son message (en majuscules) par "OUVREZ SVP!".
Une passerelle du commerce électronique
Ozan Sihay, vidéaste, photographe et créateur de contenus numériques, s'inquiète également de la situation. "Cette interdiction affectera négativement de nombreux secteurs et individus", met-il en garde en citant "les annonceurs (qui) ont payé des milliers de livres turques", les artistes et les créateurs en général (musique, cinéma, séries...) pour lesquels "Instagram est une vitrine importante", ainsi que les petites entreprises.
"Instagram est une passerelle du commerce électronique" pour les boutiques et les produits artisanaux, rappelle-t-il.
Sur X, Ozan Sihay cite les "grandes marques", auxquelles la plateforme offre "le plus grand support publicitaire", les "institutions publiques" qui y font leurs annonces et enfin le "secteur du tourisme" dont les hôtels, les restaurants, qui y trouvent leurs clients. "J'espère donc que cette erreur sera corrigée le plus rapidement possible", conclut-il en réclamant "des explications" de la part des autorités.
Les partis de l'opposition CHP (social-démocrate) et Iyi Parti (nationaliste), ainsi que le barreau d'Ankara ont de leur côté saisi la justice dès le vendredi 2 août au soir pour annuler l'interdiction d'accès.
"Fascisme des réseaux sociaux"
Mais la situation risque de s'éterniser. En effet, la rencontre initiée par le ministre des Transports et des Infrastructures turc avec les responsables de la plateforme ce lundi 5 août n'a pas permis de débloquer la situation.
"Nous n'avons pas obtenu le résultat escompté, nous allons continuer et discuter de manière active", a indiqué le ministre dans un communiqué, à l'issue de ce rendez-vous.
S'exprimant pour la première fois sur le sujet, le président Recep Tayyip Erdogan a de son côté dénoncé "le fascisme" des réseaux sociaux à l'égard des Palestiniens, semblant accréditer l'idée de représailles à leur encontre.
"Nous sommes confrontés à un fascisme numérique qui ne peut tolérer même les photos de martyrs palestiniens sans les interdire aussitôt", a-t-il dit devant les cadres de son parti à Ankara.
"Ces entreprises ont déclaré la guerre à la résistance glorieuse et aux héros du peuple palestinien dans le monde virtuel. Nous les voyons agir comme une mafia à chaque fois que leurs intérêts sont en jeu", a-t-il martelé.