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Moustache, accent et spaghetti: au fait, que pensent les Italiens de Super Mario?

BFM Business Thomas Leroy , Journaliste BFM Business
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Nintendo n'en finit plus de sortir de nouveaux titres avec son célèbre plombier, quintessence de "l'italianité" à l'étranger.

À chacun ses stéréotypes, plus ou moins flatteurs. Au Français, le séducteur snobe, cigarette au bec et béret sur la tête. Pour les Italiens, c'est le mangeur de pâtes moustachu avec un accent à couper au couteau. On le retrouve par exemple chez Disney (La Belle et le Clochard). Mais le meilleur représentant reste sûrement Mario, la vedette de Nintendo.

Tout est là: la moustache, l'accent et l'amour des pâtes. Alors que Nintendo vient de sortir un nouveau jeu à la gloire du plombier (Super Mario RPG), l'imagerie véhiculée par le personnage n'a pas bougé depuis sa première apparition, dans les années 1980.

Au point que la sortie du film Super Mario Bros, au printemps dernier, avait soulevé quelques critiques aux Etats-Unis, où les représentations sont une affaire sensible. L'acteur Chris Pratt avait pris soin de gommer le fort accent des jeux vidéo, revendiquant les origines de "booklynnienes" du personnage.

Trouver le bon accent était "un défi vraiment excitant et intimidant" expliquait d'ailleurs le comédien. "Nous avons dû vraiment creuser et se décider: sont-ils italiens? Sont-ils américains?"

Vaste question. Italien ou italo-américain, Mario conserve cette imagerie italienne.

"A part ce 'mamma mia' étrangement prononcé"

Alors, que pensent les Italiens de Mario? Le média Kotaku était parti à leur rencontre dans New York pour avoir leur avis – même si "Italiens" se confond souvent avec "Italo-américains" dans la ville. Alors une bonne représentation? "Oui, car les Italiens poursuivent leur rêve" s'amuse Giuseppe, venu de la botte aux Etats-Unis et qui a l'impression d'entendre "son oncle" en écoutant Mario.

En mars 2023, un journal italien, de droite populiste, s'est néanmoins interrogé sur les "stéréotypes" que véhicule Mario, mais qui font finalement peu de vagues.

Sur Reddit, des utilisateurs italiens racontent leur rapport à Mario et son frère Luigi. "La grande majorité des Italiens, lorsqu’ils étaient enfants dans les années 80, ne savaient même pas qu’ils étaient italiens" raconte l'un d'eux. "Ils prenaient simplement leur nom pour acquis. Après tout, ils n'ont rien d'italien à part leur nom, ils vivent dans un monde fantastique de dessins animés sans aucun lien avec l'Italie."

"Leur accent est totalement faux et, à part ce 'mamma mia' étrangement prononcé, ils parlent anglais tout le temps" souligne un autre.

Italien malgré lui

Chose étrange, Mario est probablement devenu un cliché italien après sa création. À l’origine, le personnage baptisé Jump Man n'a rien de transalpin: sa moustache et sa casquette sont des attributs techniques sur la première console de Nintendo où le héros n'est finalement qu'un amas de pixels. La pilosité permet de bien distinguer le visage et la casquette évite de créer des cheveux. Quant au prénom Mario, il est hérité du propriétaire des bureaux de Nintendo aux Etats-Unis, un certain Mario Segale, qui avait impressionné les équipes japonaises en surgissant, furieux, pour réclamer des loyers impayés.

Le physique de Mario correspondait bien, en réalité, avec l'imaginaire des Japonais sur ce que sont les Méditerranéens, comme le raconte l'auteur Marco Benoît Carbone dans un livre sur le sujet. Le caractère italien (ou plutôt italo-américain) était aussi important pour le faire adopter aux Etats-Unis, marché majeur pour Nintendo. Pour autant, Nintendo a pris soin d'éviter les stéréotypes foncièrement négatifs, à commencer par les références à la mafia.

"Mario apparaît comme une construction culturelle qui révèle comment les échanges de cultures au niveau transnational ont façonné, au fil du temps, un personnage à la fois suffisamment neutre et vaguement ethnique, familier et exotique" souligne Marco Benoît Carbone. C'est peut-être la raison pour laquelle les Italiens, dans leur majorité, ne s'offusquent pas de ce cliché, et que le plombier reste si populaire.