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Narcotrafic: que sont ces "réseaux téléphoniques parallèles" dans le viseur de Gérald Darmanin?

BFM Business Sylvain Trinel
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Le nouveau ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé sa volonté de lutter contre ce qu'il nomme des "réseaux téléphoniques parallèles", utilisés par les réseaux criminels.

Devenue une priorité, notamment à Marseille, la lutte contre la criminalité organisée démarre généralement par l'infiltration des autorités au sein de réseaux en ligne. Depuis plusieurs années, Interpol a notamment mis un terme à plusieurs systèmes très sophistiqués permettant à des criminels liés au narcotrafic de réussir à réaliser leurs méfaits à l'abri des risques.

Des "réseaux téléphoniques parallèles", comme l'affirme ce jeudi le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Ces réseaux se révèlent être des messageries au système de chiffrement particulièrement "robuste et sophistiqué", affirmaient les autorités judiciaires lors du procès entourant l'un d'eux, baptisé Sky ECC.

Cette application, comme d'autres au fil des années, s'apparente à Whatsapp ou Telegram, à la différence qu'elle était quasi exclusivement utilisée par des organisations criminelles. Il a fallu une équipe belge, néerlandaise et française pour venir à bout du puissant chiffrement dont elle bénéficiait.

Téléphones modifiés

Elle permettait en fait à des groupes criminels d'échanger sur des missions par message, visio ou encore par téléphone, via des serveurs basés partout en Europe. À l'instar de Matrix, une autre application du même type, Sky ECC ne pouvait être installée que sur des smartphones modifiés – par exemple, sans puce GPS. Pour y accéder, il fallait également montrer patte blanche et prouver que l'on était bien autorisé à y accéder.

Avec les années, Europol, Eurojust et Interpol ont multiplié les coups de filet à destination des créateurs et des utilisateurs de ce genre de messagerie. En 2023, le démantèlement d'Encrochat, qui était utilisé par des organisations criminelles liées à des assassinats ou des enlèvements, avait permis l'arrestation de plus de 6.500 personnes.

Encrochat est l'un des exemples les plus importants de ce type de solution utilisée par des criminels. Un véritable business fonctionnait autour de cette messagerie avec l'achat de téléphones chiffrés, sans aucune caméra, microphone ni GPS. Vendus 1.000 euros, ces téléphones ainsi modifiés offraient l'accès à Encrochat, mais aussi à un système de code permettant un effacement en quelques secondes de l'intégralité de leur contenu.

Les applications de ce type ne sont pas légions, notamment en raison du coût des infrastructures, mais aussi des défis techniques qu'elles représentent. Elles sont donc réservées à de puissantes organisations, comme l'affirme Gérald Darmanin: "La criminalité organisée a assez de moyens pour pouvoir avoir des réseaux téléphoniques parallèles."