Chez les viticulteurs, les machines à vendanger comblent le manque de main d'œuvre

"Nos systèmes automatisés offrent une vraie précision en s'adaptant à la hauteur des vignes, aux différents sols et aux conditions de récolte", précise Scott Wine, le patron de CNH lors de la présentation de la dernière machine à vendanger du géant américain à Phoenix aux Etats-Unis en décembre dernier.
Rendement et productivité sont les maîtres mots. "Nos machines sont utilisées dans 60% des vignobles en France", tient à souligner à Tech&Co Thierry Le Briquer, responsable du marché mondial du secteur fruits et légumes de CNH.
En effet, la France n’est pas en reste. L'Hexagone produit la quasi-totalité de ces machines dans le monde et assure 99% des exportations au niveau mondial. Aujourd'hui, ce sont les deux tiers du vignoble français qui sont ainsi vendangés mécaniquement. Et la machine de CNH, purement "made in France", précisément à Coëx, en Vendée, est vendue dans 30 pays.
La dernière en date, la machine New Holland Braud, présentée à Phoenix, est équipée de caméras 3D qui détectent son environnement 33 fois par seconde et permettent de reconstituer numériquement le rang de vignes, pour mieux guider la machine, sans nécessiter de signal GPS.
"Les vignes sont récoltés et secouées, puis les grains sont transportés grâce à une noria, les feuilles et les branches sont expulsées, les grains sont rassemblés dans la benne", explique Thierry Le Briquer. Secouage, transport, extraction, transfert dans un égreneur, la machine fait tout.
"Difficile de passer à côté de la mécanisation"
Tout cela permet de laisser du temps libre au conducteur de la machine pour qu'il puisse se concentrer sur les autres réglages. Ainsi, une machine remplace 40 à 50 vendangeurs.
Pour répondre à un marché mondial, la machine s'adapte à la taille des vignes. "On classe les vignes en quatre catégories: étroite, intermédiaire, large, extra large. A chaque type de vigne, il y a des différences de hauteur, largeur, longueur”, précise Thierry Le Briquier.
Avec ses produits, CNH cible trois types de clients: des entrepreneurs agricoles qui investissent dans des machines conséquentes, des gros clients américains qui gèrent des surfaces de vignes importantes, notamment aux Etats Unis. Mais aussi des petits propriétaires français produisant du vin d'appellation.
Jérôme Vic fait partie de ces viticulteurs français qui ont fait le choix d’utiliser une machine à vendanger. Son domaine de Preignes le Vieux, situé entre Béziers et Agde, compte 340 hectares de vignes et recense 23 cépages différents. Il a investi il y a quatre ans dans une machine CNH: la New Holland 950 L. "C’est difficile aujourd’hui de passer à côté de la mécanisation", témoigne-t-il.
Chez cet exploitant, les machines représentent environ 40% de ses investissements. "Nous n’avons pas vraiment le choix, il faut que nous soyons efficaces dans les récoltes". Il y a des contraintes de temps: il dispose d'entre 5 et 7 semaines pour récolter son raisin.
"Le vin reste qualitativement très intéressant et la machine apporte un confort de travail non négligeable", conclut-t-il.
"L’utilisation de la machine change le goût du vin"
Mais Sylvain Pataille, viticulteur en Bourgogne à Marsannay-la-Côte, n'est pas de cet avis. "J’aime avoir mal aux mains”" confie-t-il d'un air amusé. Loin de toutes les machines à vendanger, il récolte à la main, au sécateur manuel. "C’est plus précis". Et il laboure même une partie de ses vignes à cheval. Il a démarré en 1999 avec un hectar de vignes et en possède aujourd’hui près de 30. Il produit 23 vins différents; principalement du Bourgogne rouge et pinot. L'exploitation est certifiée bio depuis 2008, par "principe et conviction".
Oenologue de formation, il aborde le vin par son goût. Quand la récolte a été faite par une machine, il le sent. "L’utilisation des machines se ressent dans le goût du vin, cela donne un côté métallique et froissé, gustativement il n'y a pas photo" tranche-t-il. Il pointe également, les conséquences sur le prix: le coût de revient d’un vin provenant d’une vigne récoltée avec une machine est divisé par deux.

Même si le prix de sa bouteille est plus haut, il compte sur "une clientèle raffinée, qui est prête à payer un peu plus cher". Sylvain Pataille observe que la manière de consommer du vin a aujourd’hui changé: les Français boivent moins mais mieux.
Pourtant, le viticulteur n’a pas toujours vendangé à la main. Marsannay a été l'une des zones où les machines se sont multipliées dans les années 70/80. Quand il a commencé les vendanges, il le faisait à la machine, "car on vendait pour pas cher, puis on a été étouffé par les gros domaines", explique-t-il. Et il aime présenter les viticulteurs de Marsannay comme une "bande de copains qui se serrent les coudes".
Si aujourd’hui il défend la récolte à la main, "ce n’est pas par snobisme. Mais cela ne sert à rien de travailler ses sols pour passer des machines dessus". Selon lui, le principal inconvénient des vendanges à la main est avant tout la rareté de la main d'œuvre. "Depuis le Covid, on manque cruellement de vendangeurs, habituellement j’ai 40 à 50 personnes, j’ai désormais beaucoup de mal à les trouver", regrette le viticulteur.