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Apple face à l'inconnu des hausses de tarifs décidées par Donald Trump

BFM Business Sylvain Trinel
Apple et l'iPhone

Apple et l'iPhone - Philippe HUGUEN © 2019 AFP

Plus durement touché en bourse que les autres grandes entreprises de la tech, Apple va devoir faire des choix pour conserver ses marges.

En décidant de réduire sa dépendance à la Chine en produisant, par exemple, en Inde, Apple espérait sans doute éviter les tarifs douaniers décidés par Donald Trump ce mercredi 2 avril. Mais c'était bien mal connaître le président américain, qui a décidé une hausse généralisée, qui concerne le monde entier, et qui met à mal les précieuses marges de l'entreprise dirigée par Tim Cook.

Un risque d'autant plus grand que l'Europe serait prête à taxer elle aussi les services numériques américains, dont Apple se taille la part du lion. La bourse n'a d'ailleurs pas tardé à réagir, sanctionnant très nettement l'entreprise - comme l'ensemble de la tech -, avec un cours en baisse de près de 9% jeudi à Wall Street.

Pire encore: la hausse des taxes ferait s'effacer sur l'année 7,85 milliards de dollars de bénéfices, explique le cabinet Morgan Stanley, repris par les grands médias américains comme le New York Times et le Financial Times.

Des plans B et C qui volent en éclats

Apple avait pourtant imaginé un plan B et C. Le Vietnam et l'Inde paraissaient être des solutions notables pour échapper au bruit et à la fureur d'un Donald Trump anti-Chine. Mais cela n'a pas suffi, puisque ces nouvelles taxes douanières concernent l'ensemble des pays, et les deux pays secondaires dans la fabrication de produits Apple sont désormais taxés à hauteur de 46% et 26% respectivement.

Si tout se confirme et qu'elles sont durables, ces hausses pourraient avoir un impact non négligeable pour les marges d'Apple, qui y tient énormément, et donc sur les prix des produits auprès des utilisateurs.

A ce stade, aucune augmentation n'a encore eu lieu sur l'Apple store, et compte tenu du cycle de renouvellement des produits, cela pourrait être réalisé en deux temps. Pour les moins récents, comme l'iPhone, Apple pourrait être tenté d'attendre la sortie des iPhone 17 pour reconquérir ses bénéfices, non sans risque. L'iPhone traverse en effet un chemin tortueux, notamment en Chine, l'un de ses principaux marchés.

Pour les produits les plus récents, comme les Macbook Air, la hausse pourrait donc intervenir dans les prochaines semaines, sans attendre un nouveau modèle.

L'insoluble idée du "Made in USA"

Selon Sébastien Jean, professeur d'économie au conservatoire national des arts et métiers, interrogé dans Le Monde, Apple pourrait d'ailleurs sentir passer sévèrement les nouveaux droits de douane de la Chine - qui s'élèvent à 54%.

Car dans les faits, Apple utilise un tour de passe-passe pour calmer les ardeurs des douanes américaines. Concrètement, selon ce spécialiste, Apple fait fabriquer l'iPhone dans une zone économique spéciale, qui n'est en théorie pas concernée par les droits de douane chinois. Lorsque l'appareil est prêt, sa possession légale est ensuite transférée à la filiale irlandaise du groupe: "Mais le plus probable est que les Etats-Unis lui appliquent le droit de douane sur la Chine."

"La tentation pour Apple sera sans doute de dissocier la propriété intellectuelle de l'objet matériel," ajoute-t-il, ce qui réduirait considérablement les droits de douane.

Dans tous les cas, écrit le Financial Times, il paraît impossible qu'Apple se force à rappatrier la fabrication de ses produits phares sur le sol américain - où seul le Mac Pro y est conçu, mais en très faibles volumes. Ce n'est pas qu'une question de coût du travail ou de construction d'usines, mais plutôt de mains d'oeuvre. Tim Cook avait expliqué que les postes nécessaires dans ce type d'industrie ne représentaient qu'une poignée de personnes aux Etats-Unis, contre "plusieurs stades de football" en Chine.

Donald Trump risque ainsi de mettre à mal toute son industrie, notamment celle des nouvelles technologies.