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Village de retraités pour les gays: un projet discriminatoire?

BFM Aurélie Delmas
Le village, dont la cible commerciale est la communauté gay, ne serait pas fermé aux hétérosexuels.

Le village, dont la cible commerciale est la communauté gay, ne serait pas fermé aux hétérosexuels. - -

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Après la réaction de surprise du maire qui a accordé le permis de construire, le promoteur a précisé que le village ne serait pas fermé aux hétérosexuels.

Un maire qui déclare "tomber des nues" et des doutes sur la légalité du projet immobilier. BFMTV.com trie le vrai du faux au sujet d'un village de retraités destiné aux personnes homosexuelles qui devrait voir le jour dans l'Aude.

> Quel est le principe?

L'entreprise Villages Group, société britannique, construit des villages destinés aux personnes de plus de 50 ans, gays ou hétéros, en France. Le site en question, baptisé "Rainbow" [arc-en-ciel en anglais, NDLR] et situé dans l'Aude, s'adresse plus particulièrement aux retraités homosexuels, souvent touchés par l’isolement, et leur offre de vivre dans une "oasis privée" pour la "communauté gay et lesbienne".

Une "gated community" de 107 maisons individuelles écologiques construites dans un "style traditionnel" et coupées du monde extérieur par une enceinte, précise la brochure.

L’ensemble, qui comprend une piscine, un bar et un restaurant mais pas de prise en charge médicale, est géré par les habitants eux-mêmes pour la modique somme de 236.000 ou 248.000 euros, à quoi s'ajoutent 70 euros par semaine, (voir la brochure détaillée ici).
"Ce n'est pas une maison de retraite", explique le patron de Villages Group. "C'est d'abord pour les vacanciers, les investisseurs; il y a un hôtel, des tennis, des saunas, des jacuzzis, des centres de loisirs, des parcours de golf, de l'équitation. On n'y vient pas pour mourir". La réponse en Angleterre a été "extraordinaire", selon le promoteur. Du coup, la construction devrait commencer début 2014. L'ouverture est prévue début 2015.

> Qu'en pense le maire?

"Je tombe des nues parce que je n'en savais rien", confie Yves Bastié, le maire de Sallèles d'Aude. L'édile, qui se défend de toute homophobie, militait de longue date pour un projet de village de vacances dans sa commune. Il avait signé le permis de construire avec Villages Group en mars. Mais la municipalité croyait alors donner son feu vert à un site traditionnel de logements pour touristes seniors.

"Ce qui m'embête le plus, c'est d'être mis devant le fait accompli", regrette le maire du village sur RTL. "Ce serait d'ailleurs un motif pour refuser un permis s'il y avait ce type de précision", ajoute-t-il. Mais il n'a pas les moyens de s'y opposer, ni la volonté. Car "ce n'est pas un camp de Roms ou une prison", dit le premier magistrat qui retient surtout le profit économique promis à sa commune.

Interrogé par le site internet francetvinfo, le promoteur apporte une explication: "au départ, ce n'était pas du tout prévu. Le projet que nous avons présenté, et pour lequel nous avons obtenu le permis de construire auprès de la mairie de Sallèles-d'Aude il y a quelques mois, portait sur un 'village' ouvert à tous". 

Au départ, Sallèles n'était que l'un des quatre projets qu'il a pour la France à l'attention des expatriés britanniques (gays ou pas) et dans lesquels tous les grands - Bouygues, Kaufmann and Broad, Lafarge, Vinci - ont refusé de le suivre. C’est devant les difficultés rencontrées pour trouver des investisseurs que l’entreprise a décidé de cibler la communauté gay.

> Le projet est-il discriminatoire ?

"Evidemment, nous n'interdisons pas aux hétérosexuels d'acheter une de ces maisons", tient à préciser le promoteur, qui rappelle que "la loi nous l'interdit, puisque cela serait assimilé à une forme de discrimination".

Légal ou pas, l’association des "Gais retraités", en tout cas, n’approuve pas le principe. "Nous sommes choqués et défavorables" au projet, a réagi le secrétaire de l’association sur RTL.fr. Peu séduit par l’idée de "vivre en ghetto", ce qui "existe déjà aux États-Unis et en Allemagne", il décrit l'établissement comme une "une résidence privée avec un gardien et des miradors".

Pour Catherine Tripon, porte-parole de "L'Autre Cercle" qui réagit sur le site internet du Plus, il faut plutôt y voir un havre de paix bien mérité. "Il faut bien comprendre que les homosexuels retraités ont vécu dans une autre époque, une période où l’homosexualité était un délit et une maladie", rappelle-t-elle.

"Des communautés, il y en a partout. Elles peuvent être intellectuelles, sociales, culturelles, financières et même religieuses. Il existe bien des maisons de retraites tenues par des religieux! Qui s'en plaint?"