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Benoit XVI : un Pape réac ?

BFM La rédaction
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Benoît XVI a entamé vendredi sa première visite en France en tant que pape. Comment les Français perçoivent le successeur du très populaire Jean-Paul II ? Analyse et débat sur l'image de ce « nouveau » pape.

En visite en France, le pape Benoît XVI sera à Lourdes ce week-end à l'occasion du 150ème anniversaire des apparitions de la vierge. Selon un sondage du journal Le Parisien, 53% des Français ont une bonne opinion de Benoit XVI et 76% pensent qu'il est conservateur. Pourquoi le successeur du très populaire Jean-Paul II a-t-il cette image auprès des Français ?

Une image brouillée ?
Correspondante du journal La croix à Rome, Isabelle de Gaulmyn suit Benoit XVI depuis 3 ans et vient de publier « Benoit XVI : le pape incompris » aux éditions Bayard. En direct de Rome sur RMC à la veille de l'arrivée de Benoît XVI en France, elle s'est dit « surprise de voir combien ce pape est mal connu par les Français, y compris les catholiques, avec un certain nombre de caricatures, qui le dépeignent comme un réactionnaire, un conservateur...
Il y a une image un peu brouillée par ce qu'a effectivement été Benoît XVI aux côtés de Jean-Paul II, c'est-à-dire le gardien de la foi ; on l'imagine un peu comme le « Panzer Cardinal », un allemand très guerrier, très combatif. Or il n'est pas du tout comme ça. Donc, ça vaut le coup de l'écouter et de le lire, car il est intéressant.
En effet, comme Jean-Paul II, il défend un catholicisme plutôt conservateur, dans le sens qu'il se prononce pour la famille. Mais il est moins populaire que son prédécesseur, car il est beaucoup plus intellectuel et s'adresse plus à la raison. »

Journaliste à Charlie Hebdo, enseignante à Sciences Po, Caroline Fourest a écrit « Les nouveaux soldats du pape : Légion du Christ, Opus Dei, Traditionnalistes », aux éditions Panama. Elle aussi interviewée sur RMC, elle reconnaît qu'« encourager des mouvements comme l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ, ce n'est pas nouveau ; c'était déjà le cas sous Jean-Paul II. En revanche, ce qui est nouveau c'est l'avancée des dernières concessions faites aux Traditionnalistes, qui sont des catholiques d'extrême droite Français.
Certes Benoît XVI est un homme beaucoup plus intellectuel et timide que l'image qu'on en a, mais il est aussi ultra conservateur et dogmatique. Il est nostalgique de la messe en latin, de la restauration de l'ordre ; traumatisé par mai 68 ; il a vraiment des positions que l'on ne peut pas qualifier de progressistes. »

Elle s'inquiète par ailleurs du fait qu'« aujourd'hui, les fantassins du Vatican sont totalement incontrôlables. Même s'il y a un jésuite aux côtés de Benoît XVI à la communication, l'Opus Dei a des postes clés partout au sein du Vatican. C'est un courant tellement incontournable qu'aujourd'hui on entend un discours de banalisation, et c'est très nouveau. On nous dit que c'est un courant sympathique, qu'il faut accepter. Le pape s'appuie sur ce courant pour raffermir sa doctrine, pour aussi résister aux assauts des Evangéliques, aux concurrences des autres religions... Et ça va entraîner des conséquences, parce que c'est une vision du catholicisme doloriste, extrêmement réactionnaire, qui a collaboré avec les pires régimes, que ce soit la dictature de Pinochet ou celle de Franco. »