Redoine Faïd : Interpol émet un mandat d'arrêt international

Redoine Faïd s'est évadé samedi de la prison de Sequedin - -
Mais où se cache Redoine Faïd, l'homme le plus recherché de France ? Impossible de répondre à cette question pour le moment. Le braqueur a déclenché son évasion samedi matin peu avant 8h30, lors du premier parloir de la journée. Avant de quitter l'établissement une demi-heure plus tard environ, ce « détenu particulièrement dangereux », selon les termes du procureur Frédéric Fèvre, a pris en otage quatre surveillants à l'aide d'une arme à feu, détruit des portes à l'aide d'explosifs, puis revêtu une tenue de gardien pour sortir de l'enceinte. Il a ensuite pris la fuite à bord d'un véhicule stationné à proximité de la prison et dans lequel l'attendait un complice. Ce lundi matin, Interpol a délivré un mandat d'arrêt international auprès des 190 pays membres de l'organisation.
Une demande d'extradition
Redoine Faïd est désormais le détenu le plus recherché d’Europe. Sous le coup d'un mandat d'arrêt européen depuis dimanche, la demande de recherche s'est étendue à l'international. Ce mandat d'arrêt international emis par Interpol signifie par conséquent « une demande d'arrestation en vue d'extradition ». Il est notamment reproché au fugitif des « vols avec arme en bande organisée, tentative de meurtre commise sur militaire de la gendarmerie nationale agissant dans l'exercice ou du fait de ses fonctions » ou encore « association de malfaiteurs en vue de la commission de crimes (...) en état de récidive légale », précise Interpol.
En France, une cinquantaine d'enquêteurs sont à ses trousses. Mais pour l'instant aucune piste sérieuse. On perd sa trace à Ronchin, aux portes de Lille: la voiture qui a permis sa fuite a été retrouvée incendiée sur un parking, à moins de 15 km de la frontière belge. Malgré la surveillance accrue des gares et des aéroports belges, malgré la garde à vue, levée, du frère de l’évadé visant à établir d’éventuelles complicités, pour le moment aucune piste sérieuse ne permet de localiser Redoine Faïd. Le braqueur avait déjà connu plusieurs fois la cavale en 2011, jusqu'à ce que enquêteurs le rattrapent, en traquant ses relations dans le milieu du banditisme.
« La meilleure solution : partir à l’étranger »
Redoine Faïd avait minutieusement préparé son évasion. Patrick Guillemin est un ancien braqueur, condamné notamment pour avoir organisé l'évasion d'un ami de la prison des Baumettes en hélicoptère en 1999. Il ne voit pas de meilleure solution pour Redoine Faïd que de partir loin de la France. « La meilleure solution c’est de partir à l’étranger. Mais pour cela il faut beaucoup d’argent. Il faut aussi des amis qui malheureusement vous amènent souvent les flics. Il faut se méfier de tout le monde, même de sa famille, se terrer dans un trou et ne plus en bouger pendant plusieurs mois. Ce n’est pas une vie facile, il y a beaucoup de stress mais c’est peut–être mieux que d’être en prison. Même si ça ne dure que 8 mois, pendant 8 mois vous avez maîtrisé votre vie. Vous vous rendez compte, vous rentrez en prison et vous vous dites que vous êtes là pour 30 ans ou 35 ans. Autant se pendre ».
« La première chose qu’il fait en prison ? Calculer la taille des portes »
Frédéric Ploquin est journaliste à Marianne. Il avait rencontré Redoine Faïd à plusieurs reprises en 2010, après sa première détention [pour son livre La prison des caïds]. Aujourd'hui, cette nouvelle évasion du braqueur ne le surprend pas : « Redoine Faïd, vous le mettez dans une prison, la première chose qu’il fait, c’est de se mettre à calculer la taille et le nombre des portes, la hauteur des miradors… C’est une seconde nature chez lui. Quand on vient le réveiller le matin, il est déjà prêt, pas en train de râler parce qu’on lui dit de se lever. Il est en jogging et a déjà nettoyé sa cellule à l’eau de Javel. C’est quelqu’un qui calcule tout et qui essaye d’être toujours le maître du jeu ».
« Des voyous qui se mobilisent pour vous »
S’il ne connaît pas le mode opératoire de cette évasion, Frédéric Ploquin estime que Redoine Faïd a pu opérer de plusieurs manières différentes. « Il y a sans doute plusieurs raisons. La première, c’est qu’effectivement par son charme son bagou et peut-être son argent il ait réussi à convaincre des surveillants de l’aider. C’est la première hypothèse. La seconde, et c’est très fréquent, soit vous avez quatre ou cinq gros voyous à l’extérieur qui sont capables de se mobiliser pour vous, soit vous vous en remettez à vos proches à qui vous dites : "J’ai 42 ans, je suis innocent, je risque la prison jusqu’à 70 ans, aidez-moi". Tout est possible ».












