Qualité de l'eau : sommes-nous mal informés ?

« La population doit être informée. Au moins les femmes enceintes et les enfants ! », lance Pierre, qui habite un petit village de l’Isère. - -
Deux associations tirent la sonnette d’alarme à propos de l’eau. Selon la fondation France Liberté et le magazine 60 millions de consommateurs, nous ne connaissons pas vraiment la qualité de l'eau de nos robinets. Le problème se situe surtout dans les petites communes.
« C’est de l’imposture ! »
Pierre habite Fratonas, un village de 1 400 habitants dans l’Isère : là-bas, il y a deux ans, le bentazone, pesticide utilisé dans le traitement du maïs, était 1 400 fois supérieur au taux autorisé. « On avait 1,7 micro gramme au lieu de 0,10, explique Pierre. On n’a pas été informés, ou alors très tard, et ça n’est visible qu’en mairie, 5 ou 6 mois plus tard. C’est de l’imposture : on essaie de nous faire croire qu’on peut boire l’eau sans danger, alors que ce n’est pas vrai. La population doit être informée. Au moins les femmes enceintes et les enfants ! »
« Dans les villages, une seule analyse par an »
Le site du ministère de la Santé met pourtant en ligne les résultats des prélèvements des agences régionales de santé pour chaque commune. Des résultats également affichés dans les mairies. Mais « ces agences mènent des analyses très variables, explique Emmanuel Poilane, président de France Liberté. Dans les villes de plus de 625 000 habitants, il y a environ trois analyses par jour, mais dans les petits villages il y en a une par an. Cela ne permet pas réellement de savoir quelle est la qualité de l’eau dans notre pays à l’instant "T". A partir du moment où on dit que, pour un certain dépassement de normes, la consommation est acceptable sauf pour les femmes enceintes et les nourrissons, la moindre des choses c’est qu’on informe vraiment les citoyens en temps réel, et pas six mois après le problème. »
Le consommateur devient « lanceur d'alerte »
C'est la raison pour laquelle les deux associations demandent aux consommateurs de témoigner sur la qualité de l'eau, et sur la façon dont ils sont informés : affichage en mairie, synthèse annuelle jointe aux factures... Le consommateur devient ainsi un « lanceur d'alerte ». Avec cette enquête, les consommateurs permettront d'établir une carte des dérogations, trop souvent accordées alors que les taux de nitrates ou de pesticides sont dépassés. Les résultats seront accessibles sur www.prixdeleau.fr et leur synthèse sera présentée le 22 mars 2013, à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau.
« Des dérogations peuvent durer jusqu'à 9 ans ! »
Une pré-enquête a déjà été lancée : sur dix départements testés, neuf avaient au moins une commune en dérogation pour des excès en nitrates, sulfates ou déséthylatrazine, un herbicide interdit depuis septembre 2003. Selon Marie-Jeanne Husset, directrice de 60 millions de consommateurs, l’appel aux consommateurs va permettre de mieux cerner les problèmes : « Si on s’aperçoit que le système de dérogation est courant et devient la règle, c’est quand même une information importante. Ça veut dire que les normes sont très souvent, voire tout le temps dépassées. Ces dérogations sont accordées pour une durée de trois ans, renouvelables deux fois. Donc il y a des communes où il peut y avoir une dérogation pendant 9 ans ! Il faut quand même faire quelque chose ».












