Paradis fiscaux : de plus en plus de Français en profitent

En France, entre 60 et 80 milliards d'euros échapperaient chaque année à l'impôt - -
L’évasion fiscale au cœur du scandale. D’abord l’affaire Cahuzac, puis la révélation des comptes de Jean-Jacques Augier, trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, aux îles Caïmans. L’homme d’affaires a déclaré qu’il n’avait « rien fait d’illégal ». Ce qui n’empêche pas de faire enfler une polémique qui n’est que la partie émergée d’une vaste enquête internationale du journal Le Monde. Cette enquête révèle l'ampleur de l'argent caché dans les paradis fiscaux, ces juridictions où l'impôt est très faible, voire inexistant, et la législation souple. Plus de 120 000 sociétés, basées aux îles Caïmans, à Jersey ou en Suisse notamment, permettent à des particuliers ou à des entreprises d'abriter leur argent en toute impunité. On estime que chaque année, rien qu'en France, entre 60 et 80 milliards d'euros échappent à l'impôt, ce qui représente 20% des recettes fiscales et l'équivalent des budgets de l'éducation nationale et de la justice réunis.
« L’utilisation des paradis fiscaux se démocratise »
Selon Christian Chavagneux, rédacteur en chef à Alternatives Economiques, les Français sont de plus en plus friands de ces investissements : « Vous avez des patrons de PME, des cadres de grandes entreprises privées, qui pour éviter des pensions de réversion au moment d’un divorce, ou une transmission de patrimoine, utilisent ces paradis fiscaux ». Le journaliste évoque même une « ‘démocratisation’ de l’utilisation de ces territoires ». Et placer de l'argent dans un paradis fiscal est un jeu d’enfant : « Il suffit de se laisser convaincre par des financiers étrangers qui viennent vous démarcher même si c’est illégal. Vous pouvez aussi constituer une entreprise qui dissimulera votre identité et qui vous permettra soit de toucher des revenus, soit de gérer votre patrimoine, soit de toucher des revenus de votre patrimoine, tout cela de manière illégale du moment que ce n’est pas déclaré », ajoute Christian Chavagneux.
« Vers un échange automatique d’informations entre les États »
C’est dans ce contexte que Nicolas Dupont-Aignan a demandé au ministre de l'Economie Pierre Moscovici, dans une tribune publiée par le journal Le Monde, de « tout faire pour se procurer immédiatement la liste des détenteurs de comptes à l'étranger ». Hugues Letellier, avocat fiscaliste, juge irréaliste la proposition du député souverainiste. Pour lui, « ce fichier n’existe pas et n’existera jamais. Il faudrait voir comment alimenter la liste et qui la tient à jour ». L’avocat croit davantage aux échanges de renseignements. « On va vers un échange automatique des informations entre les Etats. C’est ce qui est souhaité par les autorités de l’Union européenne, au premier rang desquelles la France. Ensuite, dans le cas où ce n’est pas déclaré et où les impôts ne sont pas payés, ça permettra à l’administration qui a les informations d’effectuer un redressement fiscal ».












