"On lui demande de respecter ses promesses": Emmanuel Macron appelé à convoquer un référendum sur la fin de vie
Le président de la République Emmanuel Macron le 17 août 2025 au fort de Brégançon dans le Var. Photo d'illustration - Philippe Magoni / POOL / AFP
C'est un projet de loi en souffrance. Écarté, dissout, scindé en deux puis déprogrammé. Les deux propositions de loi sur la fin de vie devaient être étudiées au Sénat ces prochains jours. Finalement, un énième obstacle vient ralentir le travail parlementaire. La conférence des présidents au Sénat a fait le choix de retirer ce point de l'ordre du jour sine die.
En cause? Officiellement, un trop plein lié à l'examen du budget. Mais certains, à l'image du rapporteur apparenté Modem Olivier Falorni, y voient plutôt une manoeuvre du camp des Républicains, très fortement opposé à la création d'un droit à l'aide à mourir.
"Le groupe LR majoritaire (au Sénat) fait tout pour que ce débat n'ait pas lieu", a déploré le parlementaire sur France Inter, y voyant "une forme de sabotage qui ne dit pas son nom".
"Nous n'aurons pas le temps d'examiner le texte avant la fin du quinquennat"
L'argument d'un "manque de temps" est également écarté par Agnès Firmin Le Bodo, ex-ministre de la Santé et l'une des architectes des textes sur la fin de vie. "Ils ont le temps d'examiner ce texte comme cela devrait être le cas à la rentrée", juge la député Horizons de Seine-Maritime.
"Cela ne fait que conforter l'idée que j'ai depuis plusieurs mois: nous n'aurons pas le temps d'examiner le texte de loi avant la fin du quinquennat. Ce n'est pas un enlisement, je le dis clairement, ce n'est plus possible. Il va falloir qu'à la fois à Matignon et à l'Elysée on regarde ce sujet", insiste l'ancienne membre du gouvernement.
Au sein de l'exécutif, on renvoie la problématique à plus tard. "Nous proposerons au Sénat l’inscription des deux textes, sur les soins palliatifs et l’aide active à mourir, à l’issue de l’examen du budget", a déclaré auprès du Parisien la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Si la porte-parole du gouvernement assure que le sujet sera "tranché avant la présidentielle de 2027", cet énième report pousse les partisans de ces textes à en appeler directement au président de la République. "Je suis convaincue que si l'on veut, avant la fin du quinquennat, avancer sur ce sujet, il n'y a plus que la voie référendaire qui le permet", avance Agnès Firmin Le Bodo.
Emmanuel Macron avait bel et bien ouvert la porte à un éventuel référendum sur cette question clivante. Il s'y disait ouvert en cas d'"enlisement" au Parlement, en mai dernier.
"Je ne le ferai que si c'était bloqué. Je pense que d'abord il y a le travail du Parlement et j'espère qu'il y aura un cheminement respectueux et équilibré qui se fera dans les jours, les semaines et les mois qui viennent", faisait savoir le chef de l'État, quelques mois après avoir annoncé, le 31 décembre, sa volonté de consulter les Français.
"Tout le monde s'est fait balader"
Si certains appellent à consulter sans attendre les Français par la voix d'un référendum, comme Olivier Falorni ou Agnès Firmin Le Bodo, d'autres veulent encore croire - un temps - à une issue parlementaire. Jonathan Denis, le président de l'association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) appelle pour l'heure à faire pression pour accélérer le calendrier.
"Tout le monde s'est fait balader sur le sujet. Il ne faut pas oublier qu'il date de 2023. Chaque fois, on nous annonce que c'est pour demain, le lendemain puis l'après-lendemain. Et finalement, on n'en voit jamais le bout", s'agace-t-il, ajoutant:
"Si les textes arrivent au Sénat avant le 31 décembre, il y a une fenêtre possible pour qu'ils soient promulgués avant la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. S'ils ne sont pas étudiés d'ici-là, il n'y aura plus cette possibilité. Il faut arrêter de prendre les Français pour des idiots".
Le président de l'ADMD appelle donc, le cas échéant, Emmanuel Macron à "respecter ses promesses" et soumettre les textes votés par l'Assemblée nationale directement aux Français dans le cadre du référendum. Encore amer des retards successifs, notamment ceux découlant de la dissolution, Jonathan Denis assure que "s'il y a un échec de cette loi, ce sera l'échec d'Emmanuel Macron et de lui seul".
Le président estime-t-il qu'un point de blocage a été atteint ou qu'il est toujours à cette heure opportun de laisser le Sénat en charge du dossier? "Le président a toujours les mêmes convictions sur ce sujet qui lui tient à cœur", répond-t-on dans l'entourage du chef de l'État.













