Migration forcée d'enfants réunionnais : "On nous a menti"

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50 ans après, ils attendent encore que l'Etat français fasse son mea culpa. Entre 1963 et 1982, l’Etat a organisé la migration forcée de plus d’un millier d’enfants réunionnais vers la métropole pour combler l’exode rural. 1 600 enfants ont été envoyés en France pour repeupler les campagnes françaises dans 64 départements. Les services sociaux promettaient aux familles que les enfants reviendraient une fois leurs études terminées. Mais une fois retirés de leur famille et devenus pupilles de l'Etat, les enfants n'ont pu rentrer chez eux.
"Je me sentais comme un Martien"
Jean-Jacques Martial a fait partie de ces enfants : "Nous avons pris l'avion. J'avais 6 ans. Nous étions au moins 250 enfants de tous âges, de nourrisson jusqu'à l'âge de 15-16 ans. Quand je suis arrivé en France je me sentais comme un Martien : rien que des blancs, des grandes maisons, du bruit, du vacarme…". Il a retrouvé sa famille, des années plus tard : "Je pensais que ma famille était morte et vice-versa. A 41 ans, j'ai appris que j'avais encore ma maman, mon frère et ma sœur. Mon père est décédé deux ans avant que je revienne". Jean-Jacques Martial a été l'un des premiers à porter plainte en 2001.
Une résolution pour reconnaître la "responsabilité morale de l'Etat"
Mardi, l’Assemblée nationale se penche sur une résolution visant à reconnaître la "responsabilité morale de l’Etat" dans cette affaire. Jean-Philippe Jean-Marie, président de Rasinn Anler, association d'enfants réunionnais exilés de force et arraché à sa famille à l'âge de 11 ans estime que cette résolution permettra de lever la lumière sur cet épisode sombre de l'histoire. "Cela va permettre à certains de débloquer des dossiers et de faire un recensement parce qu'en ce moment la plupart des personnes concernées par ce déracinement forcé ne savent pas ce qui s'est passé à l'époque. On nous a menti, on a menti à nos parents, on a menti aux Français métropolitains. On nous a présentés comme des personnes qui n'avaient plus de famille pour remplir les avions. Et il nous était interdit de remettre les pieds à la Réunion tant que nous étions mineurs", raconte-t-il.












