Les élus réticents à rendre leur patrimoine public

Les élus manifestent leur malaise à l'idée de publier leur déclaration de patrimoine, le président de l'Assemblée, Claude Bartelone, décelant lui-même un risque du "voyeurisme" dans cette mesure annoncée par le gouvernement pour moraliser la vie politique - -
par Elizabeth Pineau
PARIS (Reuters) - Les élus français manifestent leur malaise à l'idée de publier leur déclaration de patrimoine, le président de l'Assemblée décelant lui-même un risque du "voyeurisme" dans cette mesure annoncée par le gouvernement pour moraliser la vie politique.
Se faisant pour l'occasion le porte-parole d'élus de droite comme de gauche, Claude Bartolone a fait part de ses "réserves" au Premier ministre, qui consulte jeudi présidents et chefs de groupe de l'Assemblée et du Sénat sur cette idée annoncée mercredi pour éteindre l'incendie allumé par l'affaire Cahuzac.
Jean-Marc Ayrault fera la synthèse des entretiens dans une déclaration en fin de journée à Matignon.
François Hollande veut que la loi sur la transparence de la vie publique prévoie la publication du patrimoine des élus et l'interdiction d'exercer certaines professions, comme celle d'avocat, pendant un mandat.
L'Elysée admettait jeudi que le sujet "ne passe pas" chez les parlementaires, y compris socialistes.
"Dans le contexte actuel, il ne sera pas facile de les faire voter" en faveur de la loi attendue d'ici l'été, a reconnu un conseiller de François Hollande.
Le président de l'UMP, Jean-François Copé, a dénoncé l'"hypocrisie" des mesures envisagées tandis que l'ancien Premier ministre François Fillon a dévoilé son patrimoine sur un plateau de télévision tout en soulignant qu'une telle mesure n'aurait aucun effet sur les fraudeurs.
A Matignon, le président du groupe UMP à l'Assemblée, Christian Jacob, a refusé de "cautionner une manoeuvre de diversion, un écran de fumée" visant selon lui à camoufler l'affaire Jérôme Cahuzac, ex-ministre du Budget ayant avoué posséder des comptes clandestins à l'étranger.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, a quant à elle fustigé une "course à celui qui sera le plus pauvre" parmi les élus ayant publié leur patrimoine ces derniers jours.
MAUVAISE CHOSE POUR LA DÉMOCRATIE
Publier les patrimoines, "ce n'est pas forcément la bonne solution pour permettre un lien de confiance entre les élus et la population", a dit Claude Bartolone à la presse à Matignon. "Une nouvelle fois, cela envoie un signal 'vous devez vous méfier des élus'".
"Je ne voudrais pas que dans cette volonté de lutter contre toute dérive, on donne une nouvelle fois le sentiment que les élus sont condamnables a priori, ce serait une mauvaise chose pour la démocratie", a-t-il fait valoir.
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a elle aussi invité sur RMC à "ne pas basculer dans un moralisme qui pousserait à une espèce de surenchère et conduirait à laisser croire aux Français que ceux qui exercent des fonctions, qui s'engagent sont tous corrompus, malhonnêtes".
Signe de la défiance de l'opinion exprimée dans le sillage de l'affaire Cahuzac, un sondage CSA pour BFM-TV publié jeudi indique que 55% des Français pensent que la plupart des hommes et des femmes politiques sont corrompus.
DEMANDE DE TRANSPARENCE
Les 37 ministres du gouvernement, eux, n'y échapperont pas : ils ont jusqu'à lundi pour publier leur patrimoine.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a dit comprendre "l'inquiétude" des élus exprimée par Claude Bartolone. "Mais en même temps, il doit prendre comme tout le monde la mesure de cette attente, de cette demande de transparence, c'est inévitable, c'est incontournable", a-t-il souligné sur Europe 1.
Le ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, a demandé sur France Info un "équilibre" pour que "la transparence soit garantie et que la protection de la vie privée le soit aussi".
Le chef de fil de l'UDI, Jean-Louis Borloo, rejoint Claude Bartolone dans l'idée de renforcer les moyens de la future autorité chargée de vérifier les déclarations de patrimoine des élus et soulever d'éventuels conflits d'intérêt.
Pour l'ancien ministre centriste, "la limite, c'est la famille".
"Je considère que ma famille n'a pas à être concernée par la publicité, ni mes enfants, ni mes petits-enfants, ni mon épouse. Moi j'ai choisi ce métier, c'est une autre histoire", a-t-il dit, soulignant que les centristes travaillaient "plutôt en harmonie" avec la majorité sur cette question.
Reçu le premier à Matignon, le président du Sénat, Jean-Pierre Bel, s'est montré moins dubitatif que con collègue de l'Assemblée.
"Je n'ai pas de réticence particulière sur le patrimoine", a-t-il dit. "Les mesures qui ont été proposées ne me paraissent pas jeter les élus en pâture dans ce contexte".
Avec Chine Labbé et Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse












