L'appel aux retraités de la justice consterne les syndicats

La mobilisation des magistrats et greffiers retraités décidée par le gouvernement français pour aider les services de probation des détenus est réprouvée par les syndicats, qui la jugent même illégale. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau - -
PARIS (Reuters) - La mobilisation des magistrats et greffiers retraités décidée par le gouvernement français pour aider les services de probation des détenus est réprouvée par les syndicats, qui la jugent même illégale.
Cette mesure figure dans une liste de sept décisions "opérationnelles" annoncées lundi par les ministères de la Justice et de l'Intérieur, à la suite d'une enquête sur la disparition près de Nantes d'une jeune fille, Laëtitia Perrais.
Le crime est imputé à Tony Meilhon, un homme sorti de prison en 2010 après avoir purgé en totalité ses peines, qui n'était pas suivi alors qu'il était soumis en théorie à une "mise à l'épreuve" judiciaire.
La CGT qualifie dans un communiqué l'appel aux retraités de "grotesque" et réclame de véritables recrutements. Un autre syndicat pénitentiaire, Le Snepap-FSU, pense que cette décision est "tout bonnement ridicule".
"Il ne peut s'agir que d'une grossière erreur ou d'une inadmissible inconséquence. Imaginer que le dramatique problème du sous-effectif dans les services de probation serait résolu par les recrutements de fonctionnaires et de magistrats en retraite est profondément choquant", dit-il dans un communiqué.
L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) souligne que la décision créant récemment une "réserve judiciaire" faite de retraités ne permet pas de leur affecter des tâches de probation.
Les magistrats ne peuvent en effet effectuer que des "activités non juridictionnelles", donc sans prise de décisions, et les greffiers des missions d'assistance, de formation des personnels et d'études.
Interrogé par Reuters, le cabinet du ministre de la Justice a précisé que les retraités pouvaient légalement, selon lui, aider les agents de probation à effectuer des tâches techniques telles que les "mises en état" des dossiers.
Les services de probation de Loire-Atlantique devaient gérer, outre d'autres missions, les dossiers de 3.300 détenus avec 17 agents. Ils avaient donc décidé de limiter le travail à 130 dossiers par agent et laissé de côté les autres, jugés moins graves, comme celui de Tony Meilhon.
Ce dernier n'était soumis à une mise à l'épreuve que dans le cadre de sa dernière condamnation pour outrage à magistrat. Les services de probation jugent donc injuste leur mise en cause par le gouvernement.
Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal












