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« Il sera bientôt impossible de vivre sans être tracés »

BFM La Rédaction
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« Très inquiet », le président de la Cnil, Alex Türk pointe du doigt les nouvelles technologies et le traçage systématique qui mettent de plus en plus en péril la vie privée des Français.

« Nous vivrons tous, à l’horizon 2020, dans une société dans laquelle il sera impossible de travailler, de se divertir, de se déplacer, de vivre donc, sans être tracés ». Passe Navigo de la RATP, carte bancaire, téléphone portable, puces RFID, système GPS, Google, Facebook… Alex Türk énumère, dans La vie privée en péril, des citoyens sous contrôle [Edition Odile Jacob], toutes ces technologies qui nous tracent.

« Des milliers de systèmes s’installent progressivement »

Sur RMC ce vendredi matin, le président de la Cnil [Commission nationale de l'informatique et des libertés] depuis 7 ans et sénateur du Nord, appelle « l’opinion publique [à manifester un] esprit de résistance à l’invasion de notre société par les nouvelles technologies de l’information ». En effet, en 2005, la Cnil a enregistré notamment 34 demandes d’autorisation pour développer des technologies biométriques, et en a reçu plus de 1000 en 2010. « Et ça ne fait que se développer. En réalité, on est devant des milliers de systèmes qui sont en train de s’installer progressivement, mais dans la vie courante pour l’instant on ne s’en rend pas compte. Et je crains qu’à un moment donné, tout cela sera installé, et un matin nous nous réveillerons dans une société qui aura changé dans son mode de vie, dans sa philosophie. Parce que nous serons passés dans la société numérique, sans avoir mis en place des éléments qui nous permettraient de continuer à exercer nos libertés d’aller et venir et d’expression dans un monde qui a changé. »

« Inciter les citoyens à être beaucoup plus vigilants »

« Mon objectif n’est pas de faire peur ou de faire du catastrophisme, c’est d’essayer d’inciter les citoyens à être beaucoup plus vigilants dans l’utilisation de leurs données. C’est leur vie privée, leur intimité, leur identité qui sont en cause ; ils doivent donc être extrêmement prudents. Or aujourd’hui, on n’a pas d’inquiétude ; mais je crains que, comme toujours, quand on sera vraiment inquiet, il sera trop tard. […] Je ne veux pas vivre, à échéance de 7 ou 8 ans, dans une société dans laquelle je ne serai jamais plus sûr d’être seul, de ne pas être vu, entendu, avec qui que ce soit. Je veux préserver cette partie qui est au cœur de ma vie.

Je suis très inquiet, surtout parce que je vois que rien ne bouge. Aujourd’hui je pense que l’un des cœurs du problème c’est une réaction européenne pour faire en sorte que les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, etc. partagent les mêmes conceptions pour assurer la garantie des libertés individuelles. Et je constate qu’aujourd’hui l’Europe n’a pas le courage politique de traiter le problème. Actuellement les grands acteurs du net ne reconnaissent l’applicabilité du droit européen. »

« Que les pouvoirs publics et la société fassent des choix »

Refusant de condamner en bloc toutes les nouvelles technologies, Alex Türk précise : « Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise technologie ; ce qui compte c’est l’usage. La même technologie va par exemple aider un malade atteint d’Alzheimer à retrouver un peu d’autonomie dans sa vie parce qu’on va utiliser des systèmes de repérage de géolocalisation. Le même système appliqué par exemple à l’insu d’un salarié, va au contraire créer une situation de contrôle, de dépendance intolérable. Donc on voit bien qu’il faut faire une évaluation et un choix, dire tel sujet oui, tel sujet non. Et personne aujourd’hui en France ne traite ce problème-là. […] Il y a des hypothèses évidentes où on a besoin de ce type de solution : par exemple la biométrie pour accéder au tarmac d’un aéroport, tout le monde comprend qu’il y a un enjeu de sécurité majeur. Mais il ne faut pas utiliser une technologie uniquement parce qu’elle est disponible. Il faut que les pouvoirs publics et la société disent : nous allons exercer des choix. »