France : les usurpations d'identité explosent

- - -
Se réveiller, un beau matin, et se rendre compte que quelqu’un d’autre utilise son nom. Les Français sont de plus en plus nombreux à être victimes d'usurpation d'identité. Selon une étude CSA rendue publique mercredi, 8% des Français (soit 400 000 personnes) interrogés déclarent avoir été victimes d'une usurpation d'identité au cours des 10 dernières années. C'est deux fois plus qu'il y a trois ans.
« Un pack identitaire se vend 5 000 euros »
« Vous avez des gens qui prennent une autre identité pour pouvoir simplement faire de l’argent, explique le criminologue Christophe Naudin. Il existe également des gens qui vont avoir besoin d’usurper une identité simplement pour régulariser leur situation, faire disparaître un casier judiciaire qui les empêche de travailler, pour refaire leur vie simplement ». Mais quoi qu’il en soit, il faut être prêt à mettre le prix : « Quand on utilise une fausse identité, à un moment donné, on est en contact avec le crime organisé qui gagne beaucoup d’argent, car un pack identitaire se vend 5 000 euros ».
« On m’a dit il faudrait se rapprocher du FBI »
Chantal en a fait l’amère expérience. En 2011, elle s’est fait pirater sa boite mail, et des malfaiteurs s’en sont servis pour envoyer un courrier à tous ses contacts. « Ça se passait en Côte d’Ivoire, raconte-t-elle. Ils disaient que j’étais à l’hôpital, que j’avais été agressé, que je n’avais plus rien, plus de carte bleue pour payer, que j’avais besoin d’argent rapidement. J’ai des amis qui sont tombés dans le panneau et qui ont versé 1 800 euros par mandat cash ». Et ensuite, il est parfois très difficile d’obtenir gain de cause. « On a pu déposer une plainte. Le seul problème, c’est que gmail est hébergé aux Etats-Unis. La gendarmerie m’a appelé quelques semaines plus tard en me disant « nous ne pouvons rien faire, il faudrait se rapprocher du FBI ».
« Elle a pris mon identité pendant 6 ans, s’est mariée… »
Même problème pour Dalila, dont l’usurpatrice court toujours. En 1998 en effet, elle se rend compte quand elle demande un acte de naissance que… Elle est déjà mariée ! Une autre femme s’était en fait mariée en son nom.
« Il a fallu que je dépose une plainte. Procédure, premier avocat, perquisitions, l’attente… Où est mon usurpatrice ? Un mandat d’arrêt international a été lancé mais on ne sait toujours pas où elle est. Elle a pris mon identité pendant 6 ans, a fait une carte d’identité, un mariage a été contracté… » Aujourd’hui, elle craint qu’il y ait d’autres conséquences, peut-être plus graves. « Y a-t-il eu ouverture de compte, des emprunts ? Je suis apeurée ! C’est très inquiétant ».
« Pas d’autre solution que la biométrie »
Pour le criminologue Christophe Naudin, seule la biométrie pourra régler le problème. « Je suis persuadée qu’il n’y a pas d’autres solution, je crois simplement qu’elle n’est juste pas assez déployée pour qu’elle soit significative », estime-t-il. « Tous les passeports ne le sont pas encore, la carte d’identité non plus, le titre de séjour… Quand on aura biométrisé presque l’intégralité des documents en France, à ce moment on pourra sans doute tirer des conclusions que j’espérais plus précoces. Sans doute suis-je trop impatient ».












