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Et si c'était l'une des dernières fois que vous changiez d'heure?

BFM Antoine Maes
L'horloge de l'Hôtel de ville de Paris.

L'horloge de l'Hôtel de ville de Paris. - JOEL SAGET / AFP

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La France, comme le reste de l’Europe, a avancé dans la nuit de samedi à dimanche ses horloges d'une heure pour passer à l'horaire d’été. Un réflexe qui pourrait bien disparaître prochainement.

La directive européenne 2000/84/EC vous connaissez? Sans doute pas. Et pourtant, vous sentez passer son effet dans vos vies très concrètement deux fois par an. Car c'est elle qui définit les modalités des changements d'heure au sein de l’Union européenne. Elle indique notamment que les 28 pays membres doivent passer à l’heure d’été le dernier dimanche de mars. Ce dimanche, à 2 heures, il était donc 3 heures. Pour combien de temps encore? Pas beaucoup, apparemment.

En février dernier, le Parlement européen s'est en effet prononcé pour l’abolition du changement d’heure bi-annuel.

"Des citoyens se sont mobilisés partout en Europe pour l’abandon du changement d’heure. Il y a eu énormément de pétitions en Finlande, en Pologne… Nous demandons à la Commission européenne d’engager une révision de la directive sur l’heure d’été. Entre temps, elle doit nous fournir plus d’études qui montrent que le changement d’heure présente aujourd’hui beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages", détaille Karima Delli, député européenne (Verts), et présidente de la commission des transports au Parlement européen.

"On n’a pas gagné la guerre mais on a gagné une bataille"

Si vous êtes un ardent contempteur du changement d’heure, ne vous réjouissez pas trop vite: "Ce n’est pas la dernière fois qu’on change d’heure, parce que ça prend du temps", reprend Karima Delli. En plus de présenter de nouvelles études, la Commission européenne devra ensuite soumettre un projet de révision de la directive, puis mettre d’accord l’ensemble des 28 pays membres.

"S’ils veulent faire d’autres études ça les regarde, mais je crois qu’on a déjà tout ce qu’il faut si on veut bien prendre un peu le temps de regarder", prévient Eleonore Garbarain, présidente de l’ACHED (association contre l’heure d’été double), qui milite depuis des années pour la suppression du changement d’heure.

Pour le moment, elle préfère rester prudente: "On n’a pas gagné la guerre mais on a gagné une bataille. Ça peut prendre encore un an et demi". Mais les choses bougent enfin dans son sens, elle qui dit "lutter contre l’absurde", les changements d’heure ayant "des effets pervers clairs": "Notre souci c’est la protection du sommeil des enfants et des adultes, il y a un préjudice porté à la santé. Je rappelle que nous avons un problème terrible de somnifère en France". Le tout en "ne réalisant pas vraiment d’économie d’énergie".

"Ces économies d’énergie sont totalement dérisoires"

C’était pourtant l’idée phare. Réinstauré en France en 1976, le changement d’heure à un objectif: économiser l’énergie. A l’époque, c’était dans une logique économique, puisque le monde affrontait le choc pétrolier. Depuis, la logique est devenue écologique. Dans une étude lancée en 2010, l’Ademe considère que sur l’éclairage, l’économie réalisée grâce au changement d’heure atteint 440 GWh, "soit l’équivalent de la consommation en éclairage d’environ 800.000 ménages".

"Le changement d’heure permet des économies en énergie et en CO2 réelles mais modestes, pour un coût quasi-nul de mise en œuvre."

"Ces économies d’énergie sont totalement dérisoires", répond Karima Delli. "La réponse, ce n’est pas le changement d’heure, ce sont des politiques de transition énergétique sur le logement ou le transport." Selon l’élue écologiste, le changement d’heure est "un système totalement obsolète qui a plus d’impact négatif et d’inconvénients" que l’inverse. En plus des troubles du sommeil qui engendrent "l’affaiblissement de nos défenses immunitaires, de la prise de poids, du diabète", Karima Delli pointe aussi un impact sur la sécurité routière: "durant les jours qui suivent, il y a une augmentation de 40% des accidents de la route, c’est quand même assez fou. Les comportements font qu’on est moins attentif sur la route et on est plus fatigué."

Terminé les "belles soirées autour d’un verre ou d’un barbecue entre amis"?

Pas suffisant pour convaincre Paul-Frédéric Casset. Prévisionniste météo sur une radio locale du Tarn, il s’est associé au maire de Mazamet pour lancer l’association européenne pour l’heure d’été. S’amusant d’être "pour la lumière, et contre les ténèbres", il entend bien porter son combat suffisamment loin pour maintenir le système en l’état: "On a envoyé de nombreux courriers aux députés européens, aux ministres français, à Jean-Claude Juncker, à Pierre Moscovici et même à Emmanuel Macron."

L’argument de l’impact sur le sommeil? "Je peux comprendre que ça puisse perturber quelques temps les rythmes des enfants", consent Paul-Frédéric Casset. "Mais il suffit de se décaler un petit peu tout au long de la semaine qui précède le changement d’heure pour s’adapter."

"Les restaurateurs, les bars, auraient sans doute beaucoup moins de monde en terrasse. Le moindre petit bonheur qu’on veut préserver, on veut désormais nous le supprimer, et je trouve ça dommage. Moi j’aime bien profiter des belles soirées autour d’un verre ou d’un barbecue entre amis."

Et en profiter pour défendre la directive 2000/84/EC?